REPORT – Deux jours de rodéo trip au Cabaret Vert 2016

Chaque année, fin août, dans la commune de Charleville-Mézières se déroule l’éco-festival, le Cabaret Vert. Accueillant un large éventail de genres musicaux tels que le rock, l’électro, ou encore le rap mais même le métal, le blues et le reggae. Le festival a pour ambition de redynamiser le territoire des Ardennes. Nous y avons passé deux jours sous une année chaude en records !

Un éco-festival pluridisciplinaire

Festival de taille moyenne, le Cabaret Vert cherche à diffuser une image dynamique et écologique des Ardennes. Cela se traduit bien sûr par sa programmation qui englobe à la fois des têtes d’affiches et une multitude de groupes de la région, des animations diverses proposées en parallèle, le festival de la BD et sa quarantaine d’auteurs, et la mise en valeur du patrimoine régional avec ses spécialités culinaires.

12e édition, et une programmation qui mêle toujours allègrement grosses pointures et plus petits groupes. Bien que limité à trois scènes, le festival arrive à alterner les genres, ce qui permet d’avoir un public large de milieux différents et hétéroclites. En effet, on y croisera pendant notre périple de très jeunes enfants avec leur famille, de jeunes adolescents, des personnes âgées, des fans d’électro, des fans de métal, etc. Un mélange des genres fonctionnant très bien avec beaucoup d’échanges et une bonne ambiance globale très agréable.

Petit coin de détente

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L’arche du Temps des Freaks

Dans un coin du festival, après avoir passé un portique, on entre au “Temps des freaks”. Un lieu d’expression où se mélangent des spectacles de théâtre burlesques, des performances artistiques, des jongleries, un espace forain avec des manèges à propulsion humaine, des arts de marionnettes, et bien d’autres belles découvertes. Espace largement fréquenté, il offre un petit coin d’ombre par forte chaleur, et les activités proposées plaisent en général bien aux festivaliers profitant d’un peu de répit entre deux concerts. De plus, des acteurs déambulent en vélo au sein du festival à l’ancienne afin d’annoncer les prochaines séances avec un show toujours marquant. Un endroit qu’on ne trouve malheureusement dans aucun autre festival.

Deux festivals dans le même lieu

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Le festival BD, c’est par là !

En parallèle de la musique, un espace BD propose un festival les deux jours de week-end. Loin d’être anodin, il réunit des grands pontes du 9e art, au calme. On a l’occasion de discuter avec les auteurs, de jouer à des jeux de société, de lire des BD, d’en acheter, et même de les faire dédicacer. Cette année, ce n’est pas moins de 40 auteurs/dessinateurs qui ont assisté à cet évènement. On a pu notamment y croiser Pierre-Denis Goux, le parrain de l’édition, notamment connu pour sa série “Nains” ainsi que son comparse Stéphane Bileau dessinateur dans la série “Elfes”. On y a également vu Raphaël Beuchot, connu dans notre milieu notamment pour les gags dans chaque Tsugi, mais dans le milieu de la BD pour sa trilogie de one-shot africaine. Le dessinateur de la grande série Sillage (le 19e tome sort fin septembre), Philippe Buchet, natif des Ardennes ! Le dessinateur de la nouvelle série des Meta-barons, Valentin Secher, et bien d’autres. Un beau monde réunit, où tous les festivaliers ont accès gratuitement, et les non festivaliers peuvent acheter un billet pour quelques euros. Le seul regret qu’on portera sur ce lieu est sa petitesse, et sa jauge très limitée.

Un chapiteau aux images est également présent sur le festival. Il est dédié au 7e art, et y diffuse notamment films musicaux, expérimentaux, clips et autres surprises. Un joli lieu au design feutré, qui passe même la nuit de l’art et essai dédié à un public plus adulte. Il sera malheureusement pas mal délaissé cette année à cause des grosses chaleurs.

Loin de la gastronomie de festival

S’il y a bien une chose qui ne peut échapper aux habitués des autres festivals, c’est l’offre culinaire et de boissons. Loin des propositions formatées, artificielles et insipides de l’alimentation industrielle, le Cabaret Vert offre une large carte de spécialités locales. On y trouve notamment des croûtes ardennaises, croques maroilles, sanglier cuit à la broche et même une déclinaison de poutine de nos comparses canadiens. Le tout avec un maximum de produits locaux. Côté boisson, on oublie les habituels gros mastodontes, pour déguster des petites bières artisanales de la région : IPA, blanche, ambrée, blonde. Il y en a pour tous les goûts. Côté soft, ça choque certains festivaliers, mais impossible de trouver du Coca ou du RedBull. A la place, on y déguste des jus de fruits locaux tels que le nectar de fraises, le succulent jus pommes/cerises et le pétillant de pommes. La carte est longue, et donne envie de tout découvrir. On ne serait pas loin de se faire exploser la panse afin de satisfaire toutes nos envies. Le plus fou ? Des prix ultras raisonnables, et deux bars à eau proposant de manière illimitée et gratuite des verres d’eau, on en aura bien eu besoin cette année !

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Chaleur au Cabaret Vert

Car effectivement, 2016 est pour le Cabaret Vert le record niveau température, avec un pique à 38.7° le vendredi, et une moyenne à 31.4°. Difficile à régir, le temps est presque trop chaud et ne permet pas d’être au maximum de sa forme l’après-midi tellement il fait chaud. Les dix minutes de pluie du samedi soir avec l’orage passant en bordure de Charleville-Mézières sont comme une grande libération, et permettent enfin d’humidifier le sol sec et de rafraîchir l’atmosphère.

S’il y a une chose où le Cabaret Vert s’améliore chaque année, c’est bien la décoration. Cette année la maîtrise atteint presque la perfection, tous les stands ont une identité commune, à base de palettes, les décors sont fous. Le temps des cerises hérite de néons fluo vraiment sympa accroché dans les arbres, et les bars ont tous leurs propres ambiances. On retient notamment le bar “Le Groin Groin”, à coup de déco proche d’univers post apocalyptique.

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L’entrée du bar “Le Groin Groin”

Deux offres de campings sont proposées, la “Vieille Meuse”, camping éloigné d’une dizaine de minutes de marche du site, offrant un confort, et un cadre calme propice au repos, et “Au Dormeur du Val”, camping situé directement à l’entrée du festival proposant une ambiance festive et agitée. C’est toujours agréable de trouver une bonne ambiance dans les campings des festivals, et celui du Cabaret Vert est ultra chaud ! On regrettera qu’il soit si poussiéreux, surtout pour les tentes près des allées, et la fermeture du bar/espace de restauration la nuit.

Deux jours de rodéo trip

Pendant les deux jours du Cabaret Vert auxquels nous avons assisté, nous avons pu voir de nombreux styles représentés sur les trois scènes du festival. Nous sommes souvent passé par le Temps des Cerises afin de chiller, et de se prendre du bon temps. Bien plus ouvertes sur le reste du festival que les années précédentes. Cette mini-scène propose une programmation à part entre dub, reggae, disco underground, et musiques nostalgiques toujours accueillantes. Elle ajoute une vraie plus-value au festival, et diffuse sans interruption de 14h à 2h30 du matin.

Un vendredi sous une chaleur étouffante

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Grandaddy sur Les Illuminations

Nous n’arrivons pas tôt sur le site, et après s’être installé au camping, et avoir acheté quelques bayards afin de se rafraîchir le gosier, on se retrouve devant Grandaddy. Les Californiens au look définitivement américain distillent un rock indé mélancolique non sans rappeler des airs de Muse ou Pixies sur les Illuminations, la petite scène du festival. D’ailleurs, le nouvel aménagement du site avec les Illuminations ayant été tourné est vraiment une bonne chose. Les stands aux abords de celle-ci sont plus facilement accessibles, et la confrontation de son entre celle-ci et le Temps des Cerises se fait moins ressentir. Le public n’est pas encore très nombreux malgré l’heure assez avancée (18h30), la chaleur décourageant une grande partie. Devant une foule compacte dont certains n’étaient même pas nés à la sortie du cultisme “Illmatic”, c’est le légendaire NAS qui se présente à 19h40 sur la scène Zanzibar. Accompagné d’un DJ et d’un batteur, le New-Yorkais est accueilli avec beaucoup de ferveur par un public de tous âges. Durant près d’une heure, Nasir Jones livre une véritable leçon de rap old school sans aucun artifice et pioche au mieux dans une discographie conséquente. “The message” , “If I Ruled the world” , “The World is yours” “Hip hop is dead” et bien sur l’immense “N Y State of mind”, NAS ne fait aucune impasse et clôture son show par un classique de Bob Marley repris à l’unisson par les milliers de personnes présentes.

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Louise Attaque, scène Zanzibar

La tête d’affiche de la soirée arrive peu avant 22h sur la grande scène. Après s’être reformé et avoir sorti un nouvel album, Louise Attaque aborde la scène pleine à craquer et bouillante. La nostalgie face aux sons de violons et aux paroles des chansons des années 2000 fait fondre le public, tandis que les nouvelles, loin d’être mauvaises, n’arrivent pas à imposer la même atmosphère.

Bibi Bourelly, jeune berlinoise d’origine, prend la suite sur les Illuminations. Assez peu connue du grand public, elle est derrière plusieurs compositions des plus grands tels que Kanye West, Rihanna, Usher ou encore Lil Wayne. Un concert soul alléchant, mais qui malheureusement est abrégé d’un tiers du show au bout d’une demie-heure sans trop de raison. Une future diva dans l’âme ? Le public adorera en tout cas sa petite reprise de “I don’t wanna be”, BO de la très célèbre série “One Tree Hill”.

Le hip-hop français est à l’honneur pour clôturer la grande scène de ce vendredi, avec Nekfeu aux manettes. Une scénographie assez exceptionnelle, un grand show, et un artiste voulant retourner le public à base de “tempête”, “œil de cyclone”, et autres mouvements de foule. Il ne renie rien du rap de base et de ses chansons. Un vrai spectacle, où l’on verra Nekfeu sur un bateau pneumatique faire le tour du public, et où les acrobaties et chorégraphies s’enchaîneront sans fin sur scène.

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Jacques met l’ambiance avec ses objets

Les Illuminations seront conclues par une soirée électro. Dans un premier temps Jacques, et son live atypique. Arrivant un peu en avance par rapport à la diffusion du live par Arte, il attend le feu vert, et s’installe en tailleur sur le devant de la scène regardant le public chantant “Frère Jacques”. Quelques minutes plus tard, il se lève, s’approche de son micro et dit “Salut ! Ça y est je vais faire un concert”. Puis à l’aide d’objets de la vie de tous les jours, il improvise, et crée des loops au fur et à mesure, après cinq minutes, il lance une ligne de basses, et le public fou de joie, s’extasie et rentre en transe. Bien qu’on l’ai déjà vu quatre ou cinq fois cette année, on ne se lasse pas de son show, et ses lives toujours improvisés nous enveniment à chaque fois. Il finira le concert en remerciant chaudement le public, puis en partant de la scène en marchant… sur les mains ! Un personnage jusqu’au bout. Arrive ensuite sans interruption Comah, qui distillera un DJ set très orienté techno. Malheureusement, on le trouve assez conventionnel, avec beaucoup de clichés et on finit la journée un niveau en dessous des artistes précédents.

Samedi

Après avoir flâné la matinée dans le festival BD et la ville en cherchant les coins d’ombres afin de s’abriter de la chaleur suffocante, le festival ouvre ses portes à 14h avec le temps des cerises. Quelques spectacles aux temps des cerises plus tard, on se retrouve devant Judy pour l’ouverture des Illuminations. Originaire de Reims, le trio joue une pop électronisée bien sympathique rassemblant un beau public pour l’heure et la chaleur ambiante. Une bonne bière artisanale plus tard, on se retrouve devant The Inspector Cluzo et un beau monde. Duo de rock Gascons, ils sont fiers de leur manière de jouer, et n’hésitent pas à tacler la musique électro “si on arrête de jouer, plus de son, pas comme les DJ avec leurs ordinateurs”. Au-delà des personnages, ils assurent et occupent l’espace sonore de manière forte ! Avec seulement deux instruments et une voix, ils arrivent à dégager une énergie de dingue. Par moments un peu blues fermier à l’américaine, d’autres moments plus rock, bref, une belle découverte.

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Mouss, le chanteur de Mass Hysteria

Mass Hysteria, groupe de métal français forgé au début des années 90 prend ensuite le contrôle de la grande scène, et le moindre qu’on puisse dire, c’est qu’ils assurent ! Un show de haute qualité avec beaucoup de mouvements de foule dans le public, engendré par le chanteur. À coup de riffs incisifs, les textes à la fois d’actualité et intemporelles, nous invitent à penser par nous-mêmes et à ne pas se laisser faire,  distillant sa rage de vivre.

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Les tenues fluo de Black Bones

C’est ensuite de l’afro trap qui s’installe sur les illuminations. MHD, rappeur français d’origine sénégalo-guinéenne séduit le public. A l’aide de rythme chaloupé et de ses paroles bien tournées et drôles, il fait danser toute la scène. Un mélange de genre agréable. Les canadiens Sum 41, tête d’affiche du samedi soir, arrivent sur la grande scène pleine à craquer et rempli de personnes d’une vingtaine d’années, nostalgiques de leurs adolescences. Ils jouent les classiques avec brio déclenchant à chaque nouvelle chanson des cris hystériques. N’ayant jamais été fan, on a du mal à rentrer dans le show un peu trop formaté, et on comprend encore moins le quart d’heure de reprises d’autres artistes sur un concert d’une heure. Nous migrons vers Black Bones afin de se faire une idée des hommes fluo. Ils entrent sur une scène noire, chacun portant un costume émettant une lumière phosphorescente. Un début comme on en voit peu, agréable. On trouve malheureusement dommage que le jeu de lumière ne soit pas plus exploité dans le live groove de pop qu’ils proposent.

Le groupe de rock anglais, Bloc Party, fait à nouveau une tournée en 2016 pour son cinquième album “Hymns”. Un concert sympathique mais qui manque un peu de pêche et de rythme. Dommage, car la musique est sympathique, mais peut-être programmé un peu trop tard. Les quatre comparses lillois de Club Cheval continuent leur tournée de festival et s’arrêtent au Cabaret Vert. Comme d’habitude, ils distillent un live de haute tenue, entre les titres bien connus et les petites improvisations. Ça fonctionne, leur scénographie est jolie, et le public entre assez vite en transe. Suivi de près par Molécule, qui propose en live son 60°43′ Nord, projet de composition d’une quarantaine de jours en pleine mer sur un navire de chalutage (on vous propose bientôt une interview pour en savoir plus). À bord d’une proue, entouré de quelques synthés, Romain propose un remix de ses titres marins, et fait vibrer la scène et son public au rythme de la houle. C’est à Torb, deux férus de synthés, de conclure cette journée. Les deux ingénieurs du son chez Motorbass aiment les grosses machines, et on s’en rend vite compte. Allant jusqu’à créer leur propre synthé, ils improvisent en live à partir de boucles et propose un live techno. Belle performance mais l’improvisation n’étant pas maîtrisée à 100%, ils ont du mal à écouter le public et la complicité entre l’artiste et la foule n’entre malheureusement pas en osmose.

Les quatre jours de festival finissent sold out avec 94 000 festivaliers accueillis. Un succès largement mérité pour ce Cabaret Vert, sur lequel on adhère sur tous les points. Une démarche écologique, locale, une programmation solide et balayant un large spectre des différents genres musicaux, un système son aux petits oignons, une décoration très travaillée, le tout avec un public passionné, et motivé. On vous conseille largement d’y aller y faire un tour un jour, et même à certains autres festivals d’y prendre de la graine !

Texte et photos par Camille & Gauvain

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