REPORT – Colin Stetson à l’Aeronef

REPORT – Colin Stetson à l’Aeronef

23 novembre 2018 0 Par Vincent

La rencontre avec le saxophoniste Colin Stetson doit remonter à près de 7 ans et la découverte de l’impressionnant New History Warfare Vol 2. En s’intéressant de près au parcours du bonhomme, on lui trouve un CV long comme le bras fait de collaborations abouties avec Bon Iver, Arcade Fire, LCDSoundsystem ou encore les Chemical Brothers. Il faut dire que son style de jeu assez unique, combinant sombres mélodies atmosphériques avec une maitrise parfaite de la respiration circulaire et un remarquable toucher percussif, a de quoi faire l’objet de nombreuses sollicitations. Envoyant aux oubliettes tous les préjugés que l’on pouvait avoir sur ce qu’est le jazz avant gardiste, il a su redéfinir les frontières du genre. 

Sa venue, ce samedi 17 Novembre à l’Aeronef, était une occasion immanquable de rendre compte du talent de cet artiste singulier. Comme on pouvait s’y attendre, l’affluence est minime, environ une centaine de personnes. Les organisateurs ont donc installé canapés, chaises et tables pour le confort des spectateurs présents. On découvre en première partie le groupe SaxRuins, soit un duo japonais composé du batteur Tatsuya Yoshida et de la saxophoniste Ono Ryoko. Ici pas besoin d’être un fin expert pour comprendre que les deux musiciens font preuve d’une grande technicité. Constamment en tension,on reste scotché par la complémentarité des deux musiciens parfaitement synchro, se répondant l’un l’autre tout en jouant aisément avec de constantes ruptures de rythmes. Un mélange improbable de prog rock et de jazz avant gardiste, le tout interprété avec une folle énergie.

C’est donc maintenant au tour de Colin Stetson et c’est avec une vraie impatience que l’on attend les premières notes. Sera- il capable de reproduire l’intensité ressenti à l’écoute de ces nombreux albums ? Il arrive sur scène en toute simplicité,presque discrètement. Il s’empare de son saxophone alto, prend de grandes inspirations et met tout le monde d’accord dès le premier titre. Quelle maîtrise ! Puisant majoritairement dans ces dernières compositions, il alterne avec ces différents types d’instruments. Notre préférence va pour le colossal saxophone baryton lui permettant au mieux de faire exploser toute sa créativité et les oreilles des spectateurs du premier rang par la même. Il faut dire que les basses étaient un poil trop prononcées ce soir. Des morceaux souvent sombres et atmosphériques, peignant des paysages désolés, il ne fallait pas venir pour se remonter le moral. Question interaction avec le public,c’est le minimum syndical, quelques mots ici et là mais l’essentiel est bien ailleurs ce soir.

On regrettera tout de même la durée du set, environ 50 minutes. C’est court, si bien que l’on ressent comme une inévitable petite frustration, vite gommée il est vrai par le plaisir auditif ressenti ce soir.On ne peut évidemment que remercier les programmateurs de l’Aéronef d’avoir fait venir cet artiste hors normes. Colin Stetson confirme en live qu’il est bien un virtuose du saxophone, mettant toute sa technique au service d’une musique hypnotisante. Une prestation fascinante !