INTERVIEW – Birth of Frequency

INTERVIEW – Birth of Frequency

12 octobre 2016 0 Par Gauvain

Avec quatre années de lourde production, Birth of Frequency est devenu un pilier dans le monde de la techno-industrielle. Il réalise à la fois des DJ set et des lives permettant de varier au gré de ses envies entre les deux formes d’expression. Ses lives ont quelque chose d’envoûtant, se créant au fur et à mesure à partir de loop, et muant sans arrêt, ils transmettent des sentiments abstraits. Nous avons pu discuter une petite demi-heure avec le producteur passionné et plein de vie qui nous dévoile son passé, ses inspirations, ses prochaines sorties, et beaucoup de références musicales.

Comment as-tu commencé la musique ? Et qu’est-ce qui t’a motivé à devenir producteur ?

Pour comprendre mon entrée dans le monde de la musique, il faut remonter à l’époque où je travaillais dans un bar à Rouen, le Chahivari. Il avait une programmation 100% dédiée à la musique électronique. À la base j’écoutais du hip-hop et de la black musique, particulièrement Otis Redding dont je suis un gros fan. Et puis dans ce bar, j’ai appris à aimer cette musique. Un jour un DJ à joué un disque de Jeff Mills, j’ai alors pris une grosse claque, et je me suis mis en tête d’être DJ. J’ai donc acheté des platines, et quelques disques. Puis de fil en aiguille, la production était la suite logique pour moi, juste par envie d’essayer sans prétention et par plaisir.

Et le nom “Birth of Frequency”, il vient d’où alors ?

À l’époque où j’étais en collocation avec Zadig, je lui ai fait écouter un morceau que j’avais créé, et il m’a dit “Avec ce track ci, tu as fait un pas en avant, tu es né”. À la base, je voulais juste prendre le nom de fréquence, comme les allemands genre Substance, Vainqueur… Et puis, vu que je venais de naître, je me suis appelé “Birth of Frequency”.

Quelle est ta relation avec le label Construct Reform de Zadig ?

Je suis très proche de Zadig, on habite dans la même ville. Le label est géré par lui à l’aide de notre manager Axel, mais c’est un peu comme ma famille.

Comment expliques-tu ton succès relativement rapide au sein d’une industrie plutôt saturée ?

Je ne sais pas si on peut dire que j’ai beaucoup de succès, ou qu’il a été rapide. Mais si j’essaye d’expliquer pourquoi j’en suis là aujourd’hui, je pense que c’est parce que j’ai toujours fait une musique assez sincère, avec les tripes. Ma musique est abstraire, assez étrange, mais je pense que ça plaît aux gens. Je compose à base de loop, naturellement, et j’ai jamais voulu aller plus vite que la musique. Finalement, je pense que j’aurais eu du mal à gérer un buzz.

Quels sont les artistes qui t’ont le plus marqué ?

Je citerais Jeff Mills en premier sans aucun doute, bien que ça ne soit pas celui qui m’influence le plus. Je le considère plutôt comme un père spirituel. Sugeon est l’artiste qui m’a le plus marqué, j’ai un respect total pour lui, et j’effectue beaucoup de dédicaces envers lui dans mes morceaux ou dans mes titres. Je peux également citer Robert Hood, un mec de Detroit qui était là au commencement, en même temps que Jeff Mills. La musique anglaise aussi, avec des mecs comme James Ruskin, Regis. Et un peu plus récemment je citerais Sleeparchive et Stanislav Tolkachev. Le second est un ukrainien, sa musique est complètement barré, le gars également, mais c’est génial.

Ne penses tu pas avoir des influences de tes années hip-hop ?

Non, pas trop, j’avoue avoir un peu décroché, et je n’en écoute plus beaucoup malheureusement. Mais de manière générale, j’écoute peu de musique car je crains d’être influencé pour mes compositions. Du coup je me passe de temps à autre un peu d’ambiante, un peu de musique française, et j’ai eu une grosse période aussi où j’écoutais que du reggae. Je pense qu’il est important d’aller écouter d’autres genres de musique, et de ne pas rester tapis dans celui qu’on produit.

Qu’est-ce que tu utilises comme matériel/logiciel ?

La base, c’est Live, je l’utilise en tant que maître et il contrôle tout le reste. Je n’utilise par contre pas trop de plugins, j’ai besoin d’avoir des boutons que je peux triturer. Du coup, j’utilise pas mal de machines comme une TR909, un filtre Vermona. Je pense d’ailleurs que c’est ce filtre qui représente le plus mon univers, ma patte. Sinon coté synthés, je peux citer le Virus de chez Access Music, un Blofeld et un Evolver. Et puis, je transforme tous les sons avec des pédales de guitare, j’avoue être un peu dingue de ce qu’on peut tirer d’elles. Sur scène, c’est sensiblement le même matériel, mais sans les pédales de disto, parce que je trouve que mon son est déjà un peu “crade”, et qu’en live ça prend vraiment trop d’ampleur. Après j’avoue qu’à une époque, j’avais trois boîtes à rythme sur scène alors qu’il y en a certaines que j’utilisais juste pour un morceau ou deux (rires). J’ai un peu freiné de ce cote là.

Tu composes à quel moment de la journée ?

Souvent le matin, après avoir fait quelques kilomètres à vélo. Là je sors d’une période où je n’ai pas beaucoup composé, j’avais vraiment fait plein de morceaux avant l’été, et du coup j’attends les réponses pour les signer. J’en ai une grosse vingtaine en attente.

Les projets à venir ?

Beaucoup de choses, j’ai un disque à venir chez Pole Group, le label D’Oscar Mulero, avec un remix d’Oscar et un autre de Zadig. Deux autres arrivent, un sur Construct Reform, et un sur Ars Mecanica, le sublabel de Construct Reform, vachement plus mental. Je vais également faire un disque pour le label Traut Muzil, de Jonas Kopp. Et puis après, d’autres choses dont je ne peux pas encore parler.

C’est important que tes sorties soient sur vinyle ?

Autant avant j’étais 100% vinyle, autant aujourd’hui j’essaye de suivre un peu l’évolution de la scène. Tout le monde ne peut pas se payer une platine vinyle et des disques, les jeunes aujourd’hui connaissent un peu moins ce format qu’à l’époque. Du coup, le format digital est vraiment important pour moi, mais je me refuse de faire une sortie uniquement digitale. Tout comme une sortie vinyle seulement, je ne suis pas pour.

Est-ce que tu peux nous conseiller un ou plusieurs EP/LP qui t’ont marqué récemment ?

Récemment je vais citer l’album 2845 de Convextion, les disques de Stanislav Tolkachev (l’ukrainien), les derniers de Dimi Angelis (une superbe techno hyper loopie), les derniers disques de Peter Van Hoesen (je les trouve incroyable, c’est sur Dekmantel), les derniers de Donato Dozzy, et toute la discographie de Voice for The Hell.

Finalement tu en écoute quand même pas mal !

(Rires) ouais c’est vrai.

Interview réalisé au LAPS Festival 2016 par Gauvain