INTERVIEW – David Asko

INTERVIEW – David Asko

17 mai 2017 0 Par Gauvain

David Asko, actuellement résident au Magazine Club à Lille, est un DJ français. Authentique, depuis le milieu des années 90, il affectionne particulièrement le genre techno auquel il n’a jamais dérogé, même pendant les années basses du mouvement. Nous nous sommes entretenus avec lui pour la sortie de son EP Resurrection, et nous avons eu l’occasion de parler de sa carrière, de son regard sur le monde de la techno, sur la fin du mag et de son actu forte du moment.

Est-ce que tu peux nous expliquer ton parcours ?

J’ai découvert en premier la disco et la new-wave par mon père à la fin des années 80. Les producteurs de l’époque utilisaient déjà beaucoup de synthés et de boîtes à rythmes.  À l’époque, j’écoutais également Jean-Michel Jarre que j’ai pu découvrir tôt. Mes oreilles ont été habituées très jeune à la musique synthétique. Et puis au collège, le cousin d’une amie m’a fait écouter des cassettes de trance-core et d’acid techno. J’ai tout de suite trouvé ça génial. Peu de temps après, au début des années 90, c’est par le biais d’une radio pirate, qui s’appelait Radio Arc-en-Ciel, avec une émission programmée le dimanche soir que j’ai commencé à me faire une culture musicale. La radio était basée à Lyon, et j’habitais entre Lyon et Saint-Étienne, alors j’étais obligé de mettre mon doigt sur l’antenne pour réceptionner et enregistrer les émissions (rires). D’ailleurs, j’ai encore tous ces enregistrements ! Je me suis orienté vers des études dans l’hôtellerie – restauration, ce qui m’a permis de découvrir Lyon via les stages que je devais faire, et donc de visiter les premiers shops de vinyles. Peu de temps après, en 93-94, je suis sorti dans ma première rave, en région lyonnaise, et j’ai pris une énorme claque.

Les raves étaient illégales à l’époque ?

Oui totalement, mais on en était pas encore à l’époque de la forte répression survenue en 95-96.

Et du coup tu as commencé à acheter des vinyles ?

Exactement, tous les pourboires que je me faisais en restauration partaient en achat de vinyles. J’ai directement acheté de la techno, notamment la série des Dave Clarke, les premiers disques de Jeff Mills mais déjà aussi des disques de hardcore. Toutes les semaines dans le magasin de disque où j’allais, il y avait des arrivages, et à chaque fois je découvrais de nouveaux artistes. D’ailleurs, en premier lieu je me suis d’abord plus intéressé à la musique électronique étrangère, plutôt qu’à celle française.

Avant avoir appris à mixer, tu avais déjà pratiqué un instrument ?

Oui, j’avais pris des cours de batterie quand j’étais môme. Je pense que ça m’aide d’ailleurs beaucoup quand je compose un morceau aujourd’hui et quand je mixe aussi, les rythmiques sont très importantes pour moi. Mais pour financer l’achat d’une paire de platines, j’ai vendu ma batterie.

Quand est-ce que tu as franchi le pas de monter sur scène ?

Pour mes 18 ans, j’ai organisé ma première soirée. C’est marrant aujourd’hui je suis DJ et organisateur, et en fait ça remonte de l’époque. Dès le début je m’intéressais à tous les filons du métier de DJ. J’avais ce soucis là d’organiser, de booker d’autres DJ, de faire moi même les choses. Après cette première soirée, que j’avais pris plaisir à organiser, j’ai continué avec un collectif que j’avais fondé à l’époque “Jumping Bass” et nous avons organisé de nombreuses grosses soirées en Rhône Alpes jusqu’en 2001, qui ont marquées les esprits de toute une génération dans la région. Ensuite au fil des années, j’ai pu me produire partout en France et ailleurs dans le monde (Espagne, République Tchèque, Mexique, Chine, Mongolie, Pologne, Allemagne, Canada, Arménie etc.).

Tu es encore sur la même longueur d’onde qu’à l’époque, aujourd’hui ?

Totalement, aujourd’hui la musique que je produis, la musique que je mixe, c’est la même qu’à l’époque. C’est une techno assez dure, assez froide, avec un peu d’acid que j’aime beaucoup. Et puis le hardcore aussi, que j’ai découvert grâce à Manu le Malin en 1996 et la sortie de son mix Biomechanik 1. D’ailleurs, je pense que c’est le meilleur DJ du monde, le plus doué techniquement : ses DJ sets sont des voyages uniques, ce mec dégage quelque chose d’incroyable, je suis un fan absolu.

Quand est-ce que tu es arrivé dans la région lilloise, et pourquoi ?

Ça fait maintenant 8 ans que je suis dans la région, c’est un choix de vie. J’ai habité Rouen quelques années, parce que je me sentais le besoin de me détacher de mes racines, de découvrir de nouvelles choses, et de me rapprocher de Paris. Ensuite, j’ai migré à Paris pendant trois-quatre années où à la fin j’ai eu le besoin de me retrouver dans une ville plus petite comme Lille, tout en étant proche de la capitale. L’état d’esprit est vraiment différent entre la capitale et les villes à tailles humaines comme Lille.

Après être passé par plusieurs villes, comment tu décrirais la scène lilloise électro actuelle alors ?

En plein boom, énormément de collectifs, beaucoup de producteurs, de DJs. Il y a du très bon, du moins bon, mais comme partout, comme dans tous milieux professionnels. Les choses se sont vraiment développées depuis 5-6 ans. Il y a plein de soirées, il y a plein de bars, et ça ne peut être que positif. Il y a un vraie scène, une vraie identité dans la région. Mais ce qui m’a vraiment frappé quand je suis arrivé à Lille, c’est l’influence énorme que la Belgique pouvait avoir sur Lille. Même si les principaux clubs belges étaient en fin de vie, il y avait une trop grande influence d’eux sur la scène locale. Et c’est vraiment ce que j’apprécie sur la nouvelle génération de Lille, elle est plus inspirée par le monde parisien voir international que celui de Belgique.

Le Magazine Club

Comment s’est passé ta collaboration avec le Magazine Club au début ? C’est eux qui t’ont proposé la chose ?

Ça fait maintenant quatre ans que je suis DJ résident techno là bas. On se connaissait depuis longtemps avec Peo Watson via le Supermarket qu’il avait à l’époque. On n’a pas travaillé ensemble tout de suite au début car la volonté du Magazine ce n’était pas de faire de la techno, c’était un club à tendance house et electro. Il y a un peu plus de quatre ans on s’est revu avec Peo, et je lui ai soumis ma volonté de promouvoir la scène techno à Lille, de faire venir des guests, des pionniers de la techno qui avait marqué mon cheminement. Je sentais que la scène techno était en train de changer en France. Peo a accepté mon projet et on a commencé à bosser ensemble. Ça a été quelque chose d’assez naturel au final.

La fin du Magazine Club signe la fin d’une époque pour toi aussi ?

Ouais, carrément. C’est sûr que ça va laisser un grand vide à Lille, un club avec une grosse capacité, un club où on peut faire venir des artistes importants. À nous les artistes, les organisateurs de repenser les choses sans Magazine. C’est acté, le 13 juillet ça va fermer, le 7 juillet je fais ma dernière, mais c’est pas pour autant que je vais partir de Lille. L’équipe va rester dans la région, il y a encore des choses à faire à Lille, j’en suis persuadé. Il a été un énorme tremplin pour beaucoup de personnes dont moi. Il a notamment permis de relancer ma carrière de DJ, de me faire un nom dans la région, et même plus que dans la région. Le Magazine est connu et reconnu pour sa programmation de qualité en France, et en Europe, ses détracteurs ne s’en rendent pas forcément compte. En 4 ans j’ai pu y faire venir : Robert Hood, Chris Leibing, Slam, Manu Le Malin, Blocaus, Luke Slater, Vitalic, Joeffar, Marcel Fengler, Concrete, Dave Clarke, Derrick May, le label Token, pour n’en citer que quelques uns !

Ton EP Resurection est sorti à la fin du mois de mars cette année. Le titre c’est parce que tu reviens en force ? Tu avais déjà sorti des EP avant celui-ci ?

Oui complètement. J’avais sorti des choses à la fin des années 2000. Sachant qu’à la base je suis vraiment un DJ, le but de mon métier c’est de faire danser les gens, je ne me revendique pas producteur de musique en premier lieu.

Si tu as écrit des morceaux c’est que tu avais des choses à raconter donc ?

Oui, des évènements, les pertes de proches, des choses assez douloureuses. Et aussi le fait de me dire que j’approche de la quarantaine, je me demande s’il n’est pas temps aussi de raconter des choses moi aussi. Je joue la musique des autres, c’est hyper cool, mais est-ce que ça serait pas aussi intéressant de m’exprimer personnellement ?

Une sortie vinyle n’est pas prévue ?

On ne sait pas. Le problème aujourd’hui c’est qu’une sortie vinyle ça coute très cher, et qu’il y a de moins en moins de personnes qui jouent du vinyle, même si on peut dire qu’il y a un boom du vinyle depuis 2-3 ans. Mais pour un label sortir du vinyle, ça coûte de l’argent et ce n’est pas rentable. Mais si l’EP marche bien par la suite, c’est vrai que pourquoi pas sortir du vinyle.

Parce que c’est vrai que toi, tu ne joues plus de vinyles ?

Non, je ne joue plus du tout de vinyles. J’ai eu un déclic il y a quelques années, quand je suis allé jouer du côté de Barcelone. Je me suis fait voler mon fly case dans un restaurant, et je ne l’ai jamais retrouvé. Du coup, ce jour là je me suis dit merde, je me suis fait piquer des objets personnels auxquels je portais une affection particulière. C’était une histoire de ma vie, et du coup je me suis dis que j’arrêtais le vinyle. Je me suis pris beaucoup de reproches pour ça, mais je pense qu’il faut évoluer avec son temps, il n’y a pas de moins bons ou de meilleurs DJ en digital, c’est une suite logique. On ne peut pas réduire le métier de DJ à juste caler des BPM. Moi ce qui me fait vibrer dans un set c’est la bonne sélection, passer le bon morceau au bon moment par rapport à l’attente du public. Que le DJ utilise ou non la technologie qui lui est mise à disposition pour caler ses morceaux, ça ne m’intéresse pas, tant qu’il me fait voyager.

A-Traction records, le label où ton EP est sorti c’est toi qui les a démarché ?

C’est un label dijonnais, qui existe depuis de longues années. Marc Ayat qui tient ce label, est un pote, avec qui j’ai beaucoup travaillé dans les années 90. Je l’ai donc sollicité en lui disant que j’avais deux titres qui étaient prêts. En plus de ceux-ci, on a deux remix de 59000 sur l’EP également. Le premier réalisé par Fred Hush, un ami que je connais depuis mon arrivé dans la région. Et P-Ben, un artiste français, que Marc m’a proposé en second remixer.

Les deux titres sont 59000 et 42000, c’est une référence à Lille et Saint-Étienne ?

Oui tout à fait.

Tu as composé ces titres  en te mettant dans l’univers de chacune des villes ?

Non, c’est plus un hommage à tout ce que ces villes m’ont apporté.

Du coup on peut s’attendre à voir 75000 ou ?

(rires) Il y aura peut-être 75000 oui, je suis très porté sur la numérologie. Il y a un côté assez obsessionnel chez moi pour les numéros. Du coup c’est un hommage, mais c’est aussi une sorte d’humour pour les personnes qui me sont proches et qui connaissent mon problème (ou pas) avec les numéros.

As-tu d’autres EPs à venir ?

Oui, j’ai quatre titres qui sont quasiment finis. Deux titres ressemblent pas mal au premier EP et d’autres beaucoup plus dures. Plus je vieillis plus j’accélère le tempo, cela va à contre sens de beaucoup d’artistes qui plus vieillissent et plus ralentissent la cadence. En fait je produis ou rejoue la même musique que quand j’avais 18 ans (rires).

Tu peux nous donner tes pépites du moment ?

Ouais, il y a une partie de la scène espagnole avec notamment Psyk, Tadeo qui produisent de la superbe musique. Beaucoup d’artistes français aussi, notamment Zadig, Birth of Frequency, Antigone, le label Anglais Perc Trax, le label Belge Token. Et en ce moment je me remets à jouer hardcore, et du coup ma musique se durcit de mois en mois. Je n’ai plus envie de faire de concession, et d’aller vraiment vers la musique que j’affectionne beaucoup. Et celle-ci, elle tape fort en ce moment.

Du coup tu penses au fil du temps laisser David Asko, et partir sur David AskoRE ?

Non pas du tout, mais de plus en plus quand je joue sous David Asko, j’ai une partie de David AskoRE qui remonte, intrinsèquement.

Interview réalisé par Camille & Gauvain

Ses dernières dates au Magazine Club :
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Samedi 17 juin 2017 › 23:00 – 06:00 : avec Laurent Garnier et Peo Watson
Vendredi 07 juillet 2017 › 23:00 – 06:00 : avec un plateau surprise pour sa dernière date à la maison

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