INTERVIEW – UVB

Depuis 2012, UVB n’a cessé de prouver au milieu de la techno qu’il en était un acteur majeur. Révélé à une grande partie de personnes par le titre Mixtion, le producteur de musique se lance aujourd’hui dans la création de son propre label. Rencontre avec une figure majeure de la techno européenne, qui est déjà passé derrière les platines du Berghain.

Quel est ton parcours ? Comment se sont passés tes premiers pas dans la musique électronique ?

J’ai commencé à écouter de la musique électronique il y a environ 8 ans. J’écoutais majoritairement du hip-hop, c’était mon truc parce que je viens de Marseille (rires). Et puis j’ai un pote qui était un peu dans la nouvelle scène électronique française à l’époque, Ed Banger, la French Touch. On a commencé à écouter de la musique électronique ensemble, histoire de me faire découvrir des trucs. Et puis, il m’a montré un morceau de Ben Klock et à partir de là on a commencé à creuser. Après je me suis intéressé à tout ce qu’il y avait avant la techno, comment on est arrivé là, un peu l’histoire de ce genre. En parallèle, j’ai fait quelques excursions à Berlin, j’étais allé dans des clubs et ça m’avait bien plu. Après tu commences à faire de la musique comme tout le monde, et puis de fil en aiguille j’ai commencé à produire des choses.

Tu viens de Marseille. Pourquoi avoir choisi de vivre à Berlin ?

Ouais ça fait trois-quatre ans que je vis à Berlin. Au début c’était mon projet avec mon pote, on a sorti un truc sur  Behzad & Amarou records, les mecs de la Concrete à Paris. Au bout d’un moment, on a vécu un an à Berlin ensemble, on faisait du son, on s’amusait bien. Et puis, on a dû se quitter parce qu’on voulait pas les mêmes choses. On s’est beaucoup apporté mutuellement, mais moi je voulais rester à Berlin et lui voulait plutôt rentrer. On a décidé de prendre des directions différentes, mais ça s’est très bien passé, c’est toujours un de mes meilleurs potes.

Tu n’as pas envie de rentrer en France ? On entend de plus en plus dire que la période forte de Berlin est finie.

Peut-être que la première année où j’y étais, je sortais beaucoup. Après, j’ai fait beaucoup de musique, je suis resté beaucoup chez moi, et même si tu sors pas, c’est quand même une ville où j’ai l’impression qu’au niveau de l’atmosphère, du meltingpot, dans la musique, tu te rends compte que c’est beaucoup plus ouvert. Et puis après, c’est juste que j’étais bien là-bas, j’ai rencontré ma meuf aussi, on vit ensemble. Forcément j’ai toujours des envies, Marseille j’ai ma famille, j’ai mes potes que je connais depuis 15 ans, mais bon tu peux pas tout avoir.

Body Theory recordsTu étais sur le label de Bas Mooy et tu as choisi de monter un label récemment. Tu en ressentais le besoin ?

Ce qui m’a intéressé dans la techno, c’était l’expérience club, mais après surtout c’était la musique. Ça m’a toujours passionné la musique, le côté production. Moi, je suis DJ, mais avant d’être DJ, je suis producteur. C’est ce qui me caractérise, je pense toujours à ça. Je sais pas s’il y a un verbe « je DJ, tu DJ » (rires), mais ce n’est pas ma fonction principale. Pour moi, la production et l’identité musicale en terme de producteur c’est très très important, et du coup faire un label ça me semblait normal.

Tu as prévu de produire d’autres artistes que toi ?

Pour l’instant, ça va être moi, et puis je sais pas. Là il y a eu deux releases, enfin la deuxième va sortir dans cinq jours (elle est sortie au jour de diffusion de l’interview). Après j’en ai une troisième c’est aussi moi. Puis, je vais normalement faire une compilation, avec d’autres artistes et des potes de Marseille qui font du son aussi. Ensuite, je ne sais pas… Je vais commencer à contacter des artistes, mais comme je fais beaucoup de musique, c’est aussi un moyen de diffuser mes morceaux. Avec le label, j’essaye de créer une véritable identité visuelle, et musicale. Le logo par exemple, je le trouve assez fort. Les deux premières sorties étaient des artworks assez simples, mais à partir du troisième ça va être des artworks complets.

C’est important pour toi de sortir de la musique sur vinyle ?

Alors je ne joue plus de vinyles, mais j’en achète toujours (rires). Mais ouais, pour moi le vinyle ça veut dire que ça existe. Même si on passe le côté de la mode, je trouve que de la musique qui n’est disponible que de manière digitale, dans cinquante ans, on ne sait même pas si nos disques durs marcheront toujours, mais le vinyle, lui, sera là. On aura toujours le système, même un gramophone, ça marchera sans électricité. Et puis, c’est un bel objet.

Du coup tu as un EP/LP à conseiller, qui t’aurait marqué récemment ?

C’est rigolo, récemment j’ai acheté du hip-hop justement (rires). C’est les ustrus de MF DOOM, mais sinon en LP, j’ai acheté un peu de techno aussi. Un label que j’adore, j’en joue beaucoup, c’est PVC, c’est des mecs basés en Slovaquie, à Bratislava. C’est un label qui date des années 2000, la dernière release c’était en 2007-2008, et là ils en ont sorti une nouvelle, qui est cool. Après ils ne font pas de promo, ils sont vraiment underground à mort, mais c’est tellement bien comme musique.

Rumenige – Samadhi – Titre présent sur PVC009, sortie en 2016.

Le succès du titre « Mixtion » sorti en 2014, tu n’as pas eu du mal à le vivre ? Ce n’est pas difficile une fois qu’on a connu un gros succès de continuer à composer de la musique comme avant ?

Ouais, après je pense que c’est comme avec tout. Il y a des gens qui prennent pas forcément le temps d’aller au-delà de ça c’est dommage, mais à côté de ça il y a plein de personnes qui vont au-delà. Je peux pas en vouloir à ce morceau qui m’a permis aujourd’hui de faire ce que je veux de ma vie. Mais après c’est vrai que c’est un peu une overdose, on me parle des fois que de ce morceau. Mais ce n’est pas grave, s’il a fallu qu’il y ait un morceau comme celui-là pour que je puisse m’exprimer, ce n’est pas gênant. Après je sais que je fais pas forcément de la musique pour plaire à tout le monde, donc…

Et tu le joues encore de temps en temps ?

Nan, j’ai arrêté. Il m’est souvent demandé, mais je ne suis pas trop pour le côté « on book un DJ pour divertir », je ne suis pas un DJ comme ça. Je ne veux pas paraître pas sympa, mais s’ils me demandent et que je le sens pas, je veux pas me sentir obligé. Par contre, si je suis chaud, je le mets, ça fera plaisir et c’est cool. J’espère qu’ils kiffent bien le reste du set aussi.

Tu ne t’es jamais dit de faire du live ?

Je suis entrain de réfléchir à un live, ça fait longtemps. Mais je n’ai pas envie de faire un live où je ne peux pas atteindre la qualité de ce que je fais en studio. Et pour l’instant, j’ai l’impression que j’aurai du mal à atteindre cette qualité. Et du coup, ça m’embête, parce que je suis tellement perfectionniste en studio sur ce que je veux comme genre de son.

Qu’est-ce que tu utilises principalement comme logiciel ou matériel ?

J’utilise pas de logiciel, enfin des fois j’utilise Ableton en tant qu’instrument qui rentre dans mon mixer, mais c’est un truc. J’ai des vieux samplers, un 909, des synthés analogiques. En ce moment, je travaille pas mal avec le sampling. Je trouve que tu arrives à des résultats plus personnels, tu modifies tellement les samples que ça sonne pas comme un synthé qui va tout de suite donner un son d’une manière, alors que le sampleur, tu peux tellement détruire le son.

Tu composes tes musiques à quel moment de la journée ?

C’est un peu une obsession, un petit problème, mais quand j’en fais pas je culpabilise (rires). Pendant la journée, dès 11h du matin, et après ça passe… vite !

Interview réalisé au LAPS Festival 2016 par Gauvain

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