REPORT – Deux nuits au port d’Halluin pour le N.A.M.E.

Plus gros festival d’électro au nord de Paris, la réputation du N.A.M.E. n’est plus à faire. Depuis 2005, le festival donne rendez-vous chaque année, au début de l’automne aux amateurs du genre. Après avoir écumé différents lieux de la métropole, le N.A.M.E. s’installe pour son édition 2016 au port d’Halluin. Retour sur les deux nuits électrisantes.

Sur les berges de la Lys, au milieu du port d’Halluin d’habitude si paisible, a vibré pour la première fois le N.A.M.E. et ses nuits, édition 2016. Bien plus qu’un festival, c’est un rendez-vous qu’Art Point M nous propose chaque année avec des événements de jour et des masterclass. Changement radical pour l’ambiance, après être passé par différents lieux industriels, c’est sous chapiteau que cette nouvelle édition a lieu, nous laissant pas sans une pointe de nostalgie. Loin de l’underground dégagé par les précédents lieux, l’installation a d’autres avantages. On retiendra notamment la facilité de circulation grâce aux nombreux accès aux chapiteaux, et les gigantesques bars permettant un débit rapide, et une grande accessibilité. L’installation scénique en barres d’acier brut n’est pas sans charme, mais on regrette l’absence de ponts entre les piliers qui auraient permis une répartition de projecteurs au dessus du public. Dehors, les lumières teintent le lieu de bleu et d’orange, et dégagent une atmosphère chaleureuse et magique dans le froid glacé de ce début d’octobre. Dommage de ne pas avoir joué sur un décor plus poussé comme les palettes du MIN l’année dernière, collant si bien avec l’ambiance du marché.

Les deux scènes auront droit à un vidéo-jockey (VJ), c’est-à-dire, une animation visuelle projetée derrières les artistes sur scènes, en parallèle de la musique. Souvent en adéquation avec les projecteurs, les images rajoutent un sens au voyage procuré par la musique.

name36
KM200, un food truc qui propose des burgers revisités avec des ingrédients locaux

À la mode dans de nombreux festivals, quelques foodtrucks étaient de la partie pour remplir les estomacs. On s’attardera notamment sur KM200, une initiative qu’on apprécie. Ce concept a comme principe de proposer une carte de plats cuisinés 100% maison,  dans un esprit Locavore, c’est-à-dire avec des matières premières locales, provenant d’un rayon de 200km permettant de soutenir l’économie locale et l’environnement. On a notamment pu y goûter une faluche chaude dans l’esprit d’un burger, avec une tranché de rôti de Bœuf du Nord, parsemé d’une fondu de Maroilles à la bière. Servi avec des frittes fraîches maison, un délice.

La principale qualité de ce festival réside sans conteste dans sa programmation, bien que celle-ci accumule les critiques d’être sensiblement la même d’année en année. Pourtant, sur les dix-neuf artistes présents, plus de la moitié n’ont jamais été programmé au N.A.M.E. En pratique, la soirée de vendredi, composée à 70 % d’artistes ayant déjà posés leurs valises au N.A.M.E. a été soldout, et a intéressée beaucoup plus de personnes que la seconde soirée. Hormis quelques performances en deçà du lot, la majeure partie des prestations proposées cette année lors des deux nuits nous ont fait danser. Voici une sélection de ce que l’on a particulièrement aimé.

Mainro, résident actuel au magazine club nous accueille avec un set des plus honorables. Assez porté House, son set est maîtrisé, et fait danser les premiers arrivés comme il se doit. Alors que boudé par beaucoup arrivant sous les coups de 00h, ce warm-up confirme que la soirée commence dès 22h ! Direction le chapiteau adjacent afin d’écouter le live de Kollectiv Turmstrasse. Le duo allemand du label de Solumum s’est fait connaître à l’aide du morceau “Sorry I Am Late”. Leur mix ne trahit pas leur ADN, et l’ambiance bouillante réchauffe petit à petit le chapiteau dans la froide nuit d’automne. En parallèle, Recondite motive très rapidement les amateurs de techno. L’allemand puisant ses inspirations dans sa région natale de Bavière, produit une techno minimale composée de bons beats, de nappes très aériennes et de douces mélodies. L’artiste nous berce avec mélancolie à l’aide de production d’une simplicité extrême démontrant par dessus tout qu’il est difficile de maîtriser la sobriété.

name10
Le duo Kollektiv Turmstrasse

Une heure plus tard, c’est avec grande tristesse qu’on voit l’artiste passer le relai, un goût de trop peu restant en tête. On continue avec un allemand, et pas des moindre, Stephan Bodzin. Le producteur offre une pléthore d’extraits de son mythique “Powers of Ten”. Les titres sont réinterprétés en live, notamment à l’aide de son synthé moog et la grandeur du lieu ajoute la résonance nécessaire à l’embellissement des morceaux, dégageant une profondeur dans les nappes de synthés. À notre déception, après quelques morceaux bien enchaîné, mais un peu fade pour l’heure du set de Laurent Garnier, nous nous dirigeons vers Marcel Dettmann. L’allemand cogne avec des rythmiques basses, brutes et un set qui fait trembler les structures d’acier sous le chapiteau. Devant un public on ne peut plus chaud, il achève magnifiquement bien cette première nuit glaciale.

name12
La clôture de la première nuit par Marcel Dettmann

Après une journée de repos, c’est à nouveau dans une atmosphère polaire qu’on pénètre sur les berges du port d’Halluin. Nous manquons de peu Konvex & The Shadow, nous réconfortant avec Frankey & Sandrino. Le duo berlinois du label Innervisions titille nos tympans à l’aide d’une deep mélodique. La construction du set est minutieuse, les deux comparses ont l’air de prendre leurs pieds, et une foule se masse devant malgré l’heure prématurée. Au même instant, Paula Temple impose une techno brute sur la seconde scène ravivant la flamme des allemands de la veille. Les sons percutent les mordus de techno, et à force de montées sonores maîtrisées, la foule s’agite sous le chapiteau. Elle laisse sa place à la deuxième des trois femmes du festival, Ellen Allien. Marraine du festival, elle n’a pas loupé une seule édition, et on comprend pourquoi ! L’allemande présente dès les débuts de la scène berlinoise originale nous sert un set vinyle de techno teinté d’acid, de trance et de minimal. En voyant le résultat sur scène, on regrette de n’avoir pas été à la conversation ouverte à tout le monde en fin d’après-midi avec la DJ. On l’abandonne tout de même pour aller découvrir Alex Niggemann. Il propose également une techno, mais beaucoup plus psychée avec notamment pas mal de nappes aériennes. Un allemand de plus dans cette édition, maîtrisant son sujet avec merveille. Il nous offre un beau moment de musique, et on garde un souvenir ému de la découverte artistique.

name37
Maceo Plex, une construction de set parfaite

Second meilleur DJ par Resident Advisor, Maceo Plex prend le contrôle du chapiteau plein à craquer. L’artiste d’origine cubaine nous séduit avec un électro musicale et groovy. Un set à la hauteur de l’envergure du personnage (et bien meilleur qu’à Dour) avec notamment une magnifique version dynamisée de son morceau “Polygon Pulse”. APM001 organisateur du festival concluront à merveille ces deux nuits. Loin d’être inconnus du public lillois avec leurs soirées Family N.A.M.E. chaque mois au magazine, les trois comparses font vibrer une dernière fois le chapiteau. Un DJ à quatre mains surplombés par deux autres au VJ dans une communion entre images et sons. On ne se lasse pas de leurs sets, enchaînant les tracks, le temps file inexorablement vers la conclusion du festival.

name41
Fanny Bouyagui, VJ d’APM001 et directrice du N.A.M.E.

Difficile de ne pas vous conseiller d’aller taper du pied à la prochaine édition du N.A.M.E. Officialisé hier, le N.A.M.E. se transforme en évènement bi-anuel, avec un N.A.M.E. d’hiver prévu le premier week-end de mars à la Condition Publique. Et c’est peut-être le moment aussi de soutenir une programmation plus osée. Il est facile de toujours critiquer un festival sur son manque de renouvellement, alors que celui-ci en propose un lors d’une journée et que le public est moins au rendez-vous.

Texte et photos par Camille & Gauvain

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*