REPORT – Igorrr à l’Aeronef

A force de croiser tout et n’importe quoi, il devient de plus en plus difficile d’innover dans la musique. Pourtant certains arrivent encore à nous surprendre, le français Igorrr par exemple. Mélangeant avec brio des genres aussi éloignés que le black métal avec la musique classique baroque, le breakcore ou encore le bal musette, il est l’un des artistes les plus originaux de ces dernières années. Cinq ans après son dernier album, il est revenu cette année au sommet de sa forme avec Savage Sinusoid, une singulière expérience auditive, loin des normes. C’est donc avec une certaine impatience que l’on aborda cette soirée à l’Aeronef.

A notre arrivée, on constate que la salle est en configuration réduite, finalement pas plus mal pour apprécier encore mieux ce qui va arriver et être au plus près. C’est le groupe belge Pizza Noise Mafia qui a la charge de chauffer la salle. Casquette vissé sur la tête pour l’un, bonnet pour le second. Ça démarre avec un gros kick martelé auquel viennent s’ajouter progressivement des sonorités électro indus. Sous un éclairage minimaliste bleu et rouge, le binôme nous entraîne au cœur de boucles cauchemardesques hypnotisantes. On perçoit des influences électroclash à la Soulwax mais le groupe sait aussi évoluer vers des ambiances plus envoûtantes et moins agressives. Alors qu’il n’est que 21h, on retrouve une atmosphère de fin de soirée techno assez étonnante. Pris par le temps, le duo clôture le tout de manière un peu bancale, affaire à suivre cependant.

Place maintenant à Igorrr. Installé derrière ses machines et son ordinateur en fond de scène, Gautier Serre de son vrai nom, installe en introduction un climat sombre et mystérieux. Laure Le Prunenec, la chanteuse lyrique, fait son apparition et impressionne d’entrée toute l’audience. Il faut dire que ce n’est pas souvent que l’on entend ce genre de voix en dehors de l’Opéra. L’excellent batteur Sylvain Bouvier s’installe alors derrière ses fûts et chauffe le public dès son arrivée. Laurent Lunoir, toujours maquillé façon guerrier tribal, et son micro en forme de bête morte, complète le tout. C’est alors parti pour un peu plus d’une heure d’un live totalement fou.

Ce qui marque le plus à un concert d’Igorrr, c’est bien sur ce mélange surprenant des genres s’accordant de façon si harmonieuse. On irait jusqu’à croire que deux réalités se chevauchent l’une sur l’autre lors de ces passages où le bal musette et l’image du Paris des années 20 viennent se faire secouer par du breakcore bien violent. On vit ce concert  comme une véritable performance. Celle d’un batteur à la technicité remarquable et il en faut forcément pour se caler sur une musique aussi déroutante et déstructuré. Ce show, c’est aussi celui des deux chanteurs ne cessant de se mouvoir et montrant des capacités vocales impressionnantes, loin de n’être que des produits de studio donc. Laure Le Prunenec occupe la scène de manière incroyable, elle danse, joue un peu la comédie avec des mimiques improbables, totalement captivante, une performance intense dont on imagine qu’elle doit en sortir totalement lessivé.

On a assisté à un spectacle constamment surprenant, retranscrivant en tout point les impressions laissé par les différents albums du groupe. L’envie de pogoter s’est évidemment fait ressentir, notamment sur les morceaux Viande ou iEud Après le traditionnel rappel, le quatuor quitte la salle, les visages sont fatiguées, ils viennent de donner ce que le public était venu chercher, plus qu’un simple live, une véritable expérience.

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