Boris Brejcha

REPORT – Les anciennes filatures de St-André en mode électro

Nombreux est le public des Nuits Électriques se souvenant avec nostalgie de leur quatrième édition dans les anciennes filatures de Saint-André-lez-Lille. La programmation était dingue et couvrait un large spectre de l’électro avec notamment la techno de Nina Kraviz et son protégée Bjarki, le groove de Motor City Ensemble, les découvertes de Jacques et Molecule, l’onirisme de Rone et toute la bande d’Hungry Music. Le lieu y avait également était pour beaucoup à l’époque. Une grosse année plus tard, un nouveau festival est créé dans la même lignée : Les Nuits de la Filature. Retour sur les deux soirées.

Retrouvailles nostalgiques dès l’arrivée sur place sur les coups de 23h. Après un long temps d’attente incompréhensible à une heure où peu de festivaliers sont présent à l’entée pour obtenir les bracelets, les halls sont de nouveaux à nous. Comme à leurs habitudes, l’organisation ne communique pas en amont sur les horaires de passage des artistes et va même jusqu’à dire que les têtes d’affiche ne sont pas forcément en dernier. Sur place, on découvre pourtant un duo Kölsch/Synapson en pole position pour fermer cette première journée. Côté pratique, ça y ressemble à s’y méprendre à l’année dernière. Un long hall d’entrée permet d’accéder à la zone restauration et au coin fumeur. Ce premier hall ainsi qu’un second estampillé “information” sont bordés de casiers, permettant à chaque festivalier de louer et stocker ses affaires pour la nuit au prix de 4 euros. Plus qu’intéressante, et même si l’initiative est chère, elle permet d’avoir accès à ses affaires tout au long de l’évènement.

Finalement les deux grands halls sont chacun occupés par une scène, mises dos à dos, intitulée sobrement Blue Stage et Red Stage. Chacune d’elle dispose d’un bar, et le passage de l’une à l’autre se fait aisément par deux grandes portes. Le son est agréable, bien réglé, et aucune fuite de la scène concurrente ne vient gâcher le plaisir d’écoute. Côté lumière, c’est du très classique, avec des tonnes de projecteurs robotisés, et le mur si particulier de lumières de la quatrième édition est malheureusement aux abonnées absents. Il aurait pourtant collé parfaitement avec de nombreux artistes de la scène bleu.

La warm-up de chaque scène est confié à des collectifs locaux, et en ce premier soir on retrouve WTMF et InClose. En ce vendredi soir, la scène d’InClose commence à être pleine aux alentours de 23h30, une performance rare pour être souligné dans la métropole. La qualité des warm-ups est bonne, et les sons déjà assez dansant. Une bonne approche pour se jeter dans l’ambiance du début de soirée, et permettre de discuter avec les premiers arrivés. On reste sur la même scène pour écouter le set de Polo & Pan, deux comparses de l’électro française. Très house, limite disco par moment, c’est parfaitement adapté à l’horaire. Pendant une heure et demie, ils vont réussir à faire se trémousser toutes les jambes venues se perdre dans ce hall. Petit clin d’œil à la scène locale, avec un passage de Birdcage à la fin du set, de nos petits chouchous locaux You Man. Hasard de la soirée, on croisera les deux comparses lillois plus tard, ayant loupé ce morceau de quelques minutes. Yuksek empoigne les platines pour la suite et propose un set un peu plus mou, laissant transparaître moins de groove, et c’est naturellement qu’on en profite pour changer de scène et ainsi s’installer devant Leon Vynehall. Enfant de la house, il envoie un son résolument très dansant, et même assez fucky par moment, mais pourquoi l’avoir programmé en même temps que Yuksek ? Les deux artistes proposent malheureusement des sonorités trop semblables, et qui pour l’heure maintenant avancée dans la nuit paraissent un peu trop douce à nos oreilles. Pour finir cette première journée, nous aurons le choix entre Synapson, et leurs tubes commerciaux qu’ils mixent plutôt avec brio, et Kölsch. Le choix se portera naturellement pour nous vers le second, l’homme au chapeau. Arrivé avec un bon quart d’heure de retard, le danois enchaîne nombreux de ses morceaux avec volupté, insérant par moment d’autres sons pour mieux faire monter la tension, et pendant son quasi deux heures de set, il régalera ses fans comme rarement il le fait. On finit cette première journée, satisfait de la prestation de cette diva !

Rebelote samedi soir, retour sur les lieux des anciennes filatures, nous sommes accueillis par les acteurs locaux Gaazol et Vinyl Dealer. Beaucoup moins de monde à l’heure qu’il est par rapport à la veille, la musique est également moins éclatante, le volume assez bas, et hormis quelques rares exceptions, le public assez statique. Jean Tonique prend les rênes de la Red Stage, et nous offre un mix entre une vision très commercial de l’électro actuel et des tubes avec un penchant plus funk. C’est résolument pas notre tasse de thé, et on préfère migrer vers le duo Agar Agar. Là nous accueille une musique composée de rythmes des années 80, de vocaux sensuels délivrés par Clara, et d’un attirail de sonorité dispensés par les machines d’Armand. Le tout sonne un peu pop, plutôt synthétique, parsemée de couches d’acid. Une expérience sonore nouvelle ! Acid Arab prendra la suite, livrant comme le nom le décrit si bien des compositions électroniques avec de nombreuses influences orientales que ça soit en terme de rythmes ou de mélodies. Un véritable voyage par delà la Méditerranée, mais pouvant vite devenir lassant. De l’autre côté, Bon Entendeur livre un set à la hauteur de leurs mixtapes mensuels, c’est-à-dire une sélection de petites pépites musicales, parsemée de vocaux de voix bien connues. Bien qu’un peu tard dans la programmation, c’est une bonne découverte de leurs prestations en live après avoir écumer nombreux de leurs mix. Finalement, les deux plus gros noms de la soirées se retrouveront en face à face, avec un Joris Delacroix résolument très techno pour ce passage aux Nuits de la Filature, distillant ses plus gros tubes au milieu d’autres sonorités avec de lourdes basses bien rondes. Malheureusement, difficile pour lui de luter contre l’autre scène, et la salle est à moitié pleine, car c’est le grand Boris Brejcha qui conclura pour nous ce festival. L’homme masquée fera taper du pied un hall débordant de public au son de ses compositions, parfaitement mixés, avec les bonnes montées, les breaks alléchants, un son claquant, dialoguant sans cesse avec les attentes du public, et permettant de faire monter la pression à chaque nouveau morceau. On reconnaîtra ses classiques, et d’autres nouvelles mélodies encore indisponible à l’heure qu’il est dans sa discographie. Un final en apothéose avec ce magicien des platines.

Le retour du second jour se fera de manière chaotique, car il faut bien avouer que finir un festival à Saint-André-lez-Lille, à 5h du matin, et mettre en place trois navettes pour rapatrier 2500 personnes, c’est loin d’être suffisant. Si celui-ci avait comme Les Nuits Électriques 2015 finit à 6h du matin, permettant en prenant son temps d’attendre les premiers bus Transpole, ça aurait été beaucoup plus judicieux que de laisser une marée humaine se galérer pour rentrer à pied.

Finalement c’est en demi teinte que nous sortons du festival. Certains d’avoir passer de grands moments en compagnie de certains artistes, un peu plus mitigé par d’autres et surtout par la timeline pas toujours judicieuse. Le festival a une organisation assez carrée, pourtant une confusion certaine dans les bénévoles sous informés se fait sentir. Et le lieu, magique, mais qui aurait gagné avec quelques efforts supplémentaires sur la scénographie. On en garde tout de même de bons moments en tête, mais au vu de l’équipe d’organisation, on peut s’attendre à frôler l’excellence normalement ! Le rendez-vous est pris pour l’année prochaine !

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