REPORT – Pour un Dour avec toi

“Cette année, c’est le dernier Dour”. Combien de fois ai-je entendu cette phrase. Et pourtant, inexorablement, chaque année, les sacs à dos se refont, les groupes d’amis se reforment, et la chasse aux meilleurs concerts se remets en marche.

“Dour c’est l’amour”, mais pas seulement ! Dour, c’est surtout la liberté. C’est s’exporter loin des comportements normaux de la société, pour créer un système alternatif, avec de nouveaux codes, de nouvelles lois. Redécouvrir les relations humaines avec moins de frontières, moins de règles, et moins de tabous. Car Dour, bien plus qu’un festival, est un rassemblement d’être humains s’essayant tous à la recherche du bonheur, sans jugement. Retrouver les instincts primitifs suite à la rareté de l’eau, à l’accès aux douches difficile, et à la banalité d’un toilette ayant déjà trop servi. Construire un autre monde, avec des personnes de choix, et d’autres moins, pendant quelques jours. Un monde où l’aide pour son prochain est grande.

Comment comprendre ce qu’on a vécu ? En se remémorant l’inoubliable nuit du samedi au dimanche au camping, avec un ventre-qui-glisse et ses trois cents joyeux lurons, prêt à transformer l’événement en nouvelle épreuve pour les prochains J.O sur les coups de 7h du matin. Non loin de là, au point de charge, d’autres dizaines de drôles de personnages étaient rassemblé autour d’un totem de son diffusant de la hard teck. À quelques dizaines de mètres de ça, un autre énergumène, énorme enceinte sur le dos a réussi à coloniser une cinquantaine d’individus pour une traversée du camping sous ambiance de techno. Ces moments incroyables ne sont possibles que dans de rares endroits comme Dour. Il fait si bon de redécouvrir l’humain sous d’autres aspérités !

Retrouvailles légères

Tel un phénix, le festival a renaît sur le même emplacement que l’année dernière. Peu de changement, hormis une Elektropedia un peu plus isolée, et clairement plus décevante en terme de scénographie. Semblable à 2018, les accès sont rapides et fluides. Les décors toujours très minimalistes, à base de fanions, palettes et quelques conteneurs. On aimerait tellement avoir de la part du festival un plus gros effort pour se mettre au niveau d’autres gros du genre.

Le Roof, bar à cocktail, se tient toujours au milieu du site. De là, on peut obtenir la meilleure vue sur le terrain de jeu constitué par le festival. Le Rocamadour de son côté est toujours là, proposant une programmation légère au milieu de conteneurs. Sympathique, mais le sable au sol ne nous convaincs pas d’y poser nos valises en heure de sieste. Que de regrets par le manque du fameux Bar du Petit Bois !

Côté offre culinaire, on a malheureusement l’impression de faire un pas en arrière. La zone de foodtrucks a été réduite, et le reste de l’offre se cantonne toujours à des pains saucisses et autres nourritures peu alléchantes. On rêve de pouvoir croquer dans des saveurs légumières d’ici et d’ailleurs.

Périple attachant

Gong d’ouverture

D-Day, nous sommes tout excités comme des enfants le jour de Noël. On pose nos valises sur un camping déjà presque plein sous les coups de 20h. Une affluence record pour un mercredi. Malgré un rythme effréné, on se voit contraints de manquer la prestation de Moha La Squale. Démarrage à la BoomBox, l’antre du hip-hop, la sainte église du flow. Notre arrivée vibre au son de la trap de Sheck Wes, un public plutôt jeune qui ne met que quelques secondes pour s’ambiancer comme il faut. Le jeune rappeur américain bondit partout sur scène et offre un live vraiment plaisant. Pétage de câble complet lors des premières notes de Mo Bamba, devenu en quelques mois un véritable hymne trap. Pogo incroyable pour se propulser dans le bain de cette nouvelle édition. Une rapide oreille chez Yaeji, avec un set remplis de bonnes intentions mais décidément trop mou. Côté Vladimir Cauchemar, son b2b ne prend pas, enchaînant les morceaux sans saveurs.

Découverte de la RedBull Elektropedia en direct. Trois immenses écrans installés l’un à côté de l’autre, une structure imposante mais manquant cependant de charme par rapport aux années précédentes. C’est Adam Beyer qui nous fait l’honneur de nous accueillir. Set captivant de bout en bout. Techno froide. Puissante. Riche. Rythmes entêtants. Aucun ennui. Le contraire s’enchaîne, avec Amélie Lens. On la sent de plus en plus larguée. Elle arrive avec des petits airs de diva, balance des tracks monocordes qui ne décollent jamais et laisse la désagréable impression de ne jamais se soucier de la foule nombreuse pourtant présente. Bilan en dents de scie, qui ne gâche pas notre plaisir d’être là !

On reprend les bases

Quelques heures de sommeil plus tard. Après une nuit entamé par la douce hardtek de nos voisins. Une salade de pâtes des plus délicieuse au sein de l’estomac. On rallie le site sous les coups 15h30. Au point de Rendez Vous, les français reviennent pour la seconde fois à Dour. On est malheureusement plus dubitatif qu’il y a deux ans. Sensation que le groupe tourne en rond et ne parvient jamais à s’éloigner de la formule post punk des débuts. Efficace, mais manquant cruellement de surprises. À peine le temps de se poser pour savourer une petite bière, qu’on repart avec l’une des belles découvertes de ce jeudi, Fontaines DC, du rock anglais pur jus. À l’image de Shame l’an dernier, ils parviennent à transcender sur scène leurs compositions studios en insufflant une énergie hautement communicative. La dégaine du chanteur rappelle furieusement celle du personnage incarné par Brad Pitt dans Snatch.

Une sieste sur la Last Arena plus tard, on est devant Vince Staples, l’un des rappeurs américains les plus captivants du moment. On apprécie vraiment la scénographie avec ces huit écrans géants diffusant des vidéos plus ou moins farfelus. Tous les meilleurs titres du californien y passent avec en point d’orgue le robuste Lift Me Up. Deux options à 20h30. Une prestation grandiose d’Orelsan. Sans grandes surprises, mais efficace. Ou une claque journalière par le trio américain Death Grips. Un chanteur survolté, un claviériste en feu et un batteur totalement déchaîné pour une formule électro punk rap totale. Une heure d’une intensité folle dont on ressort totalement KO.

Le magicien Richie Hawtin prends la suite. Évoluant habilement entre ses machines, le canadien livre la définition parfaite de ce que doit être un live techno. Techniquement on frôle la perfection. Musicalement on ne peut que se laisser emporter par cet architecte sonore hors pair. Il nous embarque une heure durant dans son univers sans jamais faire la moindre concession. On renonce rapidement à aller voir notre Laurent Garnier national évoluant sous chapiteau devant un monde hallucinant. Même le parquet n’y résistera pas ! On se rabat vers DJ Marcelle au labo. Un set sympathique mais la curiosité pour le personnage s’éteint bien rapidement. Un petit tour à la salle polyvalente (ce nom ?!), avec Bjarki qui nous surprend avec un live techno de très bonne qualité parfaitement adapté au moment présent. Une sombre et robuste musique de hangar. Wilkinson b2b Sub Focus nous accueille en terrain d’Elektropedia. Entre dubstep, brostep et EDM, le duo anglais livre une musique pleine d’énergie et à vrai dire sans grande finesse dont on n’est pas habituellement friand. On en sort lessivé et on retrouve notre lit presque douillet pour un repos obligatoire.

Dire bonjour ne suffit pas

Accueil par l’intrigante Charlotte Adigéry, et malheureusement déception. Au côté de son producteur, elle ne parvient jamais à faire ressortir le côté weird et quasi expérimentale de ses compositions pop. On s’ennuie ferme et son surjeu scénique permanent finit par avoir raison de nous. On passe l’après-midi à errer sur le site à la découverte du Bar à Bière, du Rockamadour ou encore du Dub Corner.

Direction la Last Arena 21h pour le concert tant attendu de Vald. Visiblement très heureux d’être là, affichant un large sourire on remarque un état second un peu trop profond. En résulte un live complètement décousu, un one man show de près d’une heure où les titres excèdent rarement les deux minutes. C’est souvent drôle mais musicalement clairement une vrai déconvenue.

Apparat relève clairement le niveau. Le producteur allemand a su s’entourer de musiciens talentueux et parvient à retranscrire avec brio toute la magie et la profondeur de ses compositions. C’est simplement beau. On redescend en douceur et on repart à l’assaut de la Last Arena. Le duo superstar Rae Sremmurd est là depuis dix bonnes minutes devant une foule nombreuse et compacte. On peine parfois un peu à distinguer certains des morceaux joués tant les basses prennent beaucoup trop le dessus. Swae Lee est le plus démonstratif des deux frères, il se montre très communicatif avec le public faisant même monter un spectateur en chaise roulante sur scène. Le groupe n’use pas trop du playback, chose plutôt appréciable. Un show à l’américaine finalement très chouette qui se terminera par un pogo sur l’inévitable Black Beatles nous conduisant en deux secondes vers les premiers rangs.

Direction l’Elektropedia. En arrivant, on reconnait immédiatement le style de Paula Temple, de la techno brute, puissante, entraînante. La DJ anglaise profite de la grosse installation de la RedBull pour balancer sa musique à pleine puissance, c’est redoutablement efficace et parfois presque trop bourrin. Nina Kraviz arrive en terrain conquis et délivre un set finalement assez classique mais de bonne facture. Elle ne déçoit pas et parvient à nous tenir en haleine jusque 3h du matin, heure à laquelle notre matelas nous appelle.

Metal day

Aujourd’hui c’est métal mais avant de débarquer au milieu de la horde de chevelus et de barbus, on part à la découverte de MNNQNS sur la grande scène, il est alors 15h30. À cette heure encore matinale pour la majorité des festivaliers, il n’y a pas grand monde pour applaudir les rouennais et c’est fort dommage. Faisant fi de la faible affluence, le quatuor balance avec beaucoup d’enthousiasme des compositions rock dans la droite lignée des Strokes. C’est frais, dansant et ça nous met de bonne humeur pour affronter la suite de la journée. On passe faire un petit tour par la Boombox à la découverte de Duckwrth, une figure montante du rap US. Habillé d’une combinaison rouge des plus voyantes, le californien dévoile en près d”une heure un vrai potentiel, passant habilement d’une trap résolument moderne à un mélange Pop R’n’B sous influence André 3000. Un live chaleureux et plein de bonne vibes.

On rejoint ensuite la salle polyvalente, la Mecque du métal le temps d’une journée. On est agréablement surpris par l’affluence pour le live de Wiegedood, une formation black métal originaire du plat pays. Les belges, impressionnant techniquement, nous font décoller vers de sombres contrées, un live presque hypnotisant. Ils confirment au passage que le métal se doit de rester à Dour tant ce genre amène des émotions si singulières. Ce que confirmera par la suite le super groupe The Body & Full of Hell pour un concert court, d’à peine plus d’une demi-heure offrant une véritable expérience sonore aux spectateurs présents. Ici on nage dans les eaux les plus froides et obscures du métal, là où les mots joie et espoir n’existent pas. Une musique radicale offrant à celui qui sait s’ouvrir un ticket d’entrée pour l’enfer. Le groupe parvient parfaitement à retranscrire l’atmosphère anxiogène perçu sur disque. Remarquable ! Après une telle décharge sonore, on prend le temps d’aller savourer un cocktail en haut du Rooftop, l’occasion de profiter d”une vue imprenable sur le site. Retour à l’origine avec les papes du post hardcore, Neurosis. On savait pour les avoir déjà vu que ce groupe était une véritable machine de guerre, le concert de ce soir ne fait que le confirmer. Une claque. Durant près d’une heure, le quintette nous pousse à la transe grâce à une alternance parfaite entre le calme et la tempête. Des passages atmosphériques et contemplatifs se prolongeant par un déchainement de riffs titanesques et lents façon rouleau compresseur.

La fin de soirée prends des airs d’électro, avec Rezz. Entre EDM et électro musclé, la jeune productrice ukrainienne, reconnaissable avec ses lunettes luminescentes, balance un mix bien énergique sous un torrent de néons et d’excellents visuels. On termine la journée par les inévitables Bicep. Il est 1h30, on se fraye un chemin tant bien que mal sous le chapiteau bondé de la Petite Maison Dans la Prairie. Le duo délivre là un DJ set impeccable, intégrant parfaitement quelques-uns de leurs meilleurs titres à une sélection de haute volée. De la techno mélodique dansante et qualitative démontrant là toute l’aisance des nord irlandais, définitivement meilleur sur scène qu’en studio.

The last but not the least

Une grisonnante et nuageuse météo nous sape un peu le moral, conscient aussi que la fête touche presque à sa fin. On se hisse sur le site sur les coups de 18h et la soul chaleureuse de Curtis Harding nous remet d’aplomb. Rien de bien extravaguant mais l’esprit Stax Records qui flotte ici s’avère des plus réconfortant. Jouant au même moment, on prend le temps d’aller voir la seconde partie du live de Jay Rock. Le rappeur californien, grand pote de Kendrick Lamar dont il reprendra d’ailleurs ici une instru ne parvient pas à vraiment nous emballer. Les productions manquent cruellement d’épaisseur.

On continue à arpenter le rayon hip hop US avec l’un des plus charismatiques d’entre tous, Action Bronson. Sans doute trop occupé à savourer on ne sait quel plat en coulisses, le bougre arrive avec un bon quart d’heure de retard. Immédiatement il nous donne le sourire. Il pose son flow aiguisé avec une aisance incroyable, n’usant d’aucun artifice. Sa musique aux délicieuses influences rétro passe parfaitement bien. Un mystère autour des cris et images de chevaux plane cependant encore dans nos têtes !

Le prince de la tech-house Solomun nous appelle. Comme on pouvait s’en douter, on arrive au milieu d’une foule nombreuse venu admirer le DJ superstar. Un set agréable et bien construit. Le DJ allemand a incontestablement la science du timing et enchaîne des montées judicieusement placées sans jamais nous lasser. On regrettera peut être les visuels qui auraient gagnés à être plus variés ! Passage par Jordan Rakei avec des sons planants, et une voix profonde, on adhère fortement à son style bien propre, et on se note d’aller voir plus en détails les sorties du bonhomme. Roméo Elvis s’accapare de la suite de notre programme. Il est entouré de musiciens, et on voit rapidement qu’il ne joue pas dans la demie mesure. Il parvient à rendre bien plus intéressant les titres de son récent album en insufflant une belle énergie.

Un trio piano, basse, batterie prend la relève pour nous, GoGo Penguin. Dans l’idéal, on aurait préféré les voir sur les coups de 19h le jeudi ou le vendredi. On reste séduit par un jazz résolument moderne auquel même les novices peuvent se raccrocher assez aisément. On termine enfin notre aventure du côté de la Last Arena. Faute à un séjour prolongé dans les prisons suédoises, Schoolboy Q vient remplacer en dernière minute A$ap Rocky. Le californien a de solides arguments pour ravir les spectateurs présents et délivre une performance tout à fait honorable, gommant en partie notre déception. Les douze coups de minuit sonnent pour nous comme le gong de fin. Nous laissant fatigué, mais emplis de souvenirs !

Texte et photos par Gauvain, Lisa et Vincent

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