Couché de soleil sur la Last Arena - Dour 2017

REPORT – Pour un Dour en amour

Le retour d’un festival est toujours difficile, encore plus lorsque celui ci est long. Pas facile de se replonger dans le monde réel, après avoir vécu une grande aventure d’amour avec tout une bande. Dour, au delà d’être un festival, englobe une communauté d’une sympathie rare, prête à tout pour défendre son festival, à la bonne ambiance certaine. C’est un fait, parcourir les plaines de la machine à feu, c’est s’abstraire de son quotidien, c’est accepter le temps d’une petite semaine de se déconnecter de la société ultra-civilisée nous entourant, et prendre part à s’émouvoir et à se satisfaire des petits bonheurs que sont le passage d’un artiste particulièrement apprécié, les barres de rires entre potes, les retrouvailles tous les soirs au campement à se raconter les plus belles découvertes.
Un endroit où il existe peu de limites, peu d’interdits, et où tout se passera toujours de la meilleure façon car l’entourage est toujours bienveillant aux problèmes, et tente sans cesse de trouver des solutions. Un sacré désordre organisé, reflétant un chaos certain et mettant tous nos sens à l’épreuve. Rien n’étonne à Dour. Du fond de hardtek en pleine nuit au camping dû à l’endormissement difficile de certains festivaliers, aux personnes croisées qui ne se laveront pas du festival ou encore au voisin ayant un peu trop abusé de la bouteille et qui avec toute la bonne volonté du monde évitera de justesse de vomir sur ta tente. Un tout formant une communauté magnifique, pleine d’amour, et avec qui la fête durera cinq jours.

Un havre de paix

Réfléchir sur la liberté octroyée sur le festival peut permettre également de faire le constat qu’il est bon de s’abstraire des normes définies dans nos sociétés, et ainsi retrouver la juste valeur des choses, à commencer par la rareté de ressources dont chacun a besoin. Cela peut être  l’eau, la chance de trouver des toilettes propres, d’avoir accès à une douche facilement et de voir comment l’entraide entre humains devrait être l’un des fondements de la société et à quel point on s’en est éloigné. Finalement, si Dour permettait un temps soit peu de philosopher, et ainsi de faire évoluer les mentalités ?

 

Stand Coca-Cola

Notre périple

Pas si tranquille

Pour son premier jour, le festival a mis les petits plats dans les grands avec un beau line-up. On arrive pile poil pour le live de Vald, déjà présent en 2016, il a cette fois les honneurs de la Last Arena. Peut-être était-il encore trop tôt ? Peut-être que la scène était trop grande ? Sa prestation ne restera pas dans les annales du festival, la sauce ne prenant jamais vraiment. On retient d’avantage l’excellente prestation de Damso. Sous le chapiteau bondé de la Jupiler Boombox, le rappeur belge sort la grosse artillerie et retranscrit parfaitement l’atmosphère lourde pesant sur ses deux derniers albums. Vald viendra même faire une petite apparition en toute fin pour le titre Vitrine. Retour sur la Last Arena pour la tête d’affiche de la journée, M.I.A. On avait imaginé un moment fort, et finalement c’est la déception qui s’accapare de nous. La qualité du son laisse franchement à désirer. L’espace scénique est occupé par une imposante structure, où quelques danseuses font le show à côté d’une M.I.A. qui enchaîne les titres sans jamais créer une quelconque communion avec le public. Elle finit par le redoutable Paper Planes qui enfin, viendra réveiller la foule nombreuse. On attendra quelques minutes pour jeter un œil à A-Trak proposant un mix assez brouillon mélangeant tous les genres et partant dans tous les sens avec enchaînements rapides. Une prestation n’offrant rien d’exceptionnel, et bien trop commerciale à notre goût.

Bonnes trouvailles

Pas le temps de s’éterniser au camping puisqu’à 14h35 est programmé l’une des plus belles promesses du post punk. Annoncé par un Pompon toujours fidèle au festival, les parisiens de Rendez-vous font face à un public assez clairsemé mais ne se démontent pas pour autant et nous replongent avec brio au cœur des années 80. Ligne de basse tendu, tempo rapide, synthés caractéristiques et voix grave, on se serait cru revenu à l’époque de Joy Division et compagnie. Notre journée démarre excellemment avec une conversion parfaite de leurs EPs sur scène. Une bière à la main, on se rend à La Petite Maison dans la Prairie pour l’un des moments les plus cools de la journée : le sexagénaire Lee Fields revient à Dour accompagné d’un groupe affuté. Les compositions soul du vétéran américain emmèneront le nombreux public réuni pour l’occasion. Le soulman n’hésite pas à dialoguer avec celui ci. On restera subjugué par sa voix extraordinaire.

Group Doueh

Retour ensuite à la Cannibal Stage avec d’un côté les bordelais de Cheveu et de l’autre les marocains de Group Doueh. Malgré une faible affluence constatée, fortement dommageable, le groupe offre une mixture fascinante, presque psychédélique entre rock et musique traditionnelle saharienne. Même si on ressent une forte fatigue du groupe, lessivé par sa tournée, on se régale, par ici le solo guitare, par là la petite improvisation de danse traditionnelle. Un travail à la hauteur qui manque juste d’un public afin d’enflammer le tout. Changement radical d’ambiance avec Kaaris & Kalash Criminel, et dès notre arrivé à la Boombox, on perçoit à quel point le rap français a la côte en ce moment. Jouant des coudes, on se faufile au milieu du chapiteau. Constat un peu décevant, ce n’est pas un concert commun des deux rappeurs de Sevran, mais deux performance solos. Kalash Criminel démarre donc et met rapidement le public dans la poche grâce à une énergie déployée assez intense. Kaaris se repose sans doute sur sa notoriété, et semble prendre plus de temps à jouer avec le public qu’à rapper. Jouant au-dessus d’une bande son enregistrée, comme pour beaucoup de rappeur, ça a tendance à nous agacer, et enlève beaucoup de crédibilité à son show. On se dirige en face du chapiteau sur la Last Arena pour entendre les dernières notes de Wax Tailor devant un public peu nombreux. Comme aux Solidays il y a un mois, on est subjugué par sa musique envoûtante, mais ça manque de profondeur et on reste persuadé qu’il pourrait dégager une ambiance beaucoup plus intense.
On se réjouissait d’aller voir le live de Solange jusqu’à l’annonce de son annulation pour cause de maladie. Un coup dur, mais rien à côté de la purge que sera le concert de French Montana, le plus mauvais selon nous de cette édition. En premier lieu, on est accueilli par de très longues minutes de deejaying façon playlist Youtube, afin de combler l’attente, puis avec un quart d’heure de retard le roi du featuring pointe le bout de son nez. Un néant. Les mauvais titres s’enchaînent à toute vitesse, les coupures sont intempestives. Trop s’en faut, on évacue le lieu assez rapidement. Direction le Labo, où le duo israélien Red Axes propose un live fascinant. Sans interruption, pendant une heure, les boucles se superposeront afin de créer un genre très à part, oscillant entre une disco italienne, et des sons plus rock, sans oublier certaines sonorités plus orientales. On sera ravi d’entendre arriver petit à petit leur fameux Sun my Sweet Sun, titre phare du groupe. Le hasard fait si bien les choses, qu’en allant chiller quelques instants au Bar du Petit Bois dans les minutes d’après, on ré-entendra le même titre en DJ set à La Cabane.

Red Axes

Direction la Last Arena pour le live ODC de Vitalic. Nous gardions un souvenir assez mitigé d’une prestation passée à Dour, et malgré un dernier album en demi-teinte, le français réussit à faire monter la pression et nous fera rapidement bouger au son d’un kick percutant et d’une musique synthétique entrainante. Le tout complété par une jolie structure scénique mouvante, et d’un travail sur la lumière parfaitement adapté au show. Un régal.
Après un rapide passage devant Dubfire porteur d’un voyage à travers une techno minimale, la soirée électro se poursuit au labo. Avec dans un premier temps les nappes planantes de Rival Consoles parfaitement dans la lignée d’un Jon Hopkins, dévoilant une techno onirique du plus bel effet. En second temps, on poursuit notre voyage avec l’excellent Christian Loffler nous emmenant dans la stratosphère grâce à son live magique. Entre techno mélancolique, mélodies trippantes et nappes apaisantes, on est transporté dans son monde, clôturant parfaitement cette seconde journée de festival.

Anne-Marie

Danse avec les loups

On commence cette journée de vendredi, tranquillement, sur la Last Arena avec Anne-Marie entonnant tous les titres qui l’ont fait connaître avec beaucoup d’entrain. Elle n’hésite pas à se lancer au milieu de la foule et à communier avec son public. On file à La Petite Maison dans la Prairie découvrir Blonde Redhead sans trop savoir à quoi s’attendre. La musique actuelle du groupe est moins emballante que par le passé, et pourtant sur scène, le trio nous fait oublier ce détail. La magie opère à la fois sur les titres récents et ceux issus de l’époque 23 et on reste complètement absorbé par la beauté de ces compositions lascives entre pop intimiste et indie rock. Du magnifique éclairage à la voix hypnotisante de Kazu Makino, rien ne fait désordre, et en fait l’un des points d’orgue de cette édition. On file sur l’Elektropedia Balzaal, entendre la dernière partie du set de 3h d’Apollonia. Proposant un mix à six mains, Shonky, Dan et Dyed desservent un set house de bonne facture, mais on ressent un jeu trop prononcé sur les basses, les enlevant et les remettant trop souvent à notre goût. Juste derrière, dès son entrée, le terril se met à trembler avec Amélie Lens. La productrice belge de techno offre un set résolument très froid, et enchante à l’aide de ses sons percussifs à la tombée de la nuit.
Petite session hip-hop avec une Jupiler Boombox remplie pour les américains de The UnderAchievers. Déjà présent en 2014 et 2015, les habitués ne seront pas déçu, le duo se concentrant sur les morceaux les plus costauds, notamment avec beaucoup de trap et de basses. A peine sortis du chapiteau, qu’on se rue sur les devants de la Last Arena pour écouter la légende New-Yorkaise NAS, entraînant avec lui un déferlement de quelques dizaines de milliers de personnes. Aucun playback évidemment ici ! Accompagné par un batteur et un DJ, le show est authentique et il enchaîne ses plus grands tubes dont de nombreux titres du culte Illmatic. Un hommage à Prodigy de Mobb Depp avec la reprise de Shock One, un autre à Bob Marley et voilà la foule conquise, nous également !

Ambiance Elektropedia

La fin de la soirée se fera sur la De Red Bull Elektropedia Balzaal avec un Sam Paganini enchaînant après Amélie Lens dans la même lignée brutale, continuant de marteler les graviers de la scène avec sa techno underground et sombre. Blawan prend le relai, et bien qu’aussi techno dans l’ensemble, il propose par moment des envolées plus lyriques et mélodiques, une parfaite transition vers Nina Kraviz. Déjà il y a deux ans, on se souvient d’une scène pleine à craquer, il en va de même une nouvelle fois pour un set toujours bien construit, dans la lignée habituelle de ce qu’elle propose alternant tracks techno, acid avec moments plus calmes et ambiants. Un final de journée parfait.

Voyage en terre promise

Fortement en baisse dans le line-up, les seuls groupes de métal programmés à Dour seront le samedi. Une amputation de scène difficile à comprendre de la part des programmateurs. On débute les hostilités avec Oathbreaker. Quelques mois après avoir fait paraître Rheia, le quatuor belge vient souffler un vent de ténèbres sur la plaine de la machine à feu. Alternant riffs percutants, et passages atmosphériques, le groupe mené par Caro Tanghe dont on distingue à peine le visage derrière ces longs cheveux, confirme bien qu’il est l’une des nouvelles valeurs sures du blackgaze.
S’en suit, les suisses de Nostromo revenant 14 ans après leur dernière apparition à Dour. Malgré des chevelures moins garnis, et des rides apparues, le groupe n’a rien perdu de sa puissance. Les plans complétements barrés s’enchaînent avec une précision redoutable, entrainant à partir de la moitié du concert, la création d’un Circle pit perpétuel jusqu’à la fin du concert et une excellente reprise de Napalm Death. Une Jupi et la présence d’Alcest sauront faire retomber un peu la température. Beaucoup plus contemplative, la musique du français fonctionne plutôt bien mais n’atteint jamais la grandeur perçu sur les albums. On restera avec la désagréable impression d’avoir survolé la musique sans jamais parvenir à entrer dedans complétement.
Drôle de groupe qu’est Igorrr dont la réputation et un timing idéal auront réussi à motiver d’avantage de monde à la Caverne. Comme il était à parier, on assiste à un live des plus fous. Bal Musette, opéra, deathmétal, breakcore et autres flûtes à bec, les ingrédients d’un mélange improbable pour un résultat captivant. Épaulé par un excellent batteur et caché dans le fond derrière ses ordinateurs, Igorrr peut également compter sur la présence de Laure Leprunenec, impeccable showwoman vers qui tous les regards se sont tournés.

Frànçois and the Atlas Mountain

Entre temps, on n’aura pas manqué non plus ce qui s’est avéré être l’une des plus grandes révélations de ce festival : The Kamaal Williams Expérience. On ne trouve pas souvent du jazz à Dour, et donc peu nous en fallu pour se jeter sur ce live. La démonstration technique des musiciens nous a totalement scotché et en particulier celle d’une section rythmique hallucinante. Un solo magistral de basse, un autre monstrueux de batterie, le tout pour une musique chaleureuse. Les britanniques nous auront marqué par leur bonne humeur communicative. Dans la Petite Maison dans la Prairie, on est surpris de se retrouver face à face avec une fanfare sur scène du nom de Meute. Un orchestre-techno reprenant les standards de l’électro avec xylophones, percussions et cuivres, donnant un résultat détonnant alliant la puissance et les envolés des beats du genre, convié à la chaleur festive d’une fanfare. Frànçois and the atlas Mountain, pourtant programmé au bon endroit, et à la bonne heure, n’aura pas attiré les foules. Dommage, car sa pop fraîche faussement simpliste aux influences multiples valait le détour. Une autre forme de communication de bonne humeur par les musiciens complices entre eux, finiront par faire chantonner “Soyons les plus beaux” au public sortant du petit chapiteau.
Bien moins intimiste est le live des versaillais de Phoenix sur la Last Arena. Arrivé avec un quart d’heure de retard, le quintette débarque devant une foule compacte et avec lui un immense miroir dressé sur scène donnant au spectateur une sensation assez vertigineuse. Démarrant sur les titres de l’album Ti Amo, le groupe enchaîne les chansons sans trop s’attarder à communiquer avec le public. Parmi celles-ci, on trouve pour notre plus grand bonheur les indémodables Liztomania, 1901 ou If I ever feel better. Le concert est ultra professionnel et totalement maitrisé de bout en bout.
Adorateur complet du personnage et de sa musique, on ne traîne pas une seconde et on se précipite à Rone. La Petite Maison dans la Prairie est déjà pleine à ras bord, et même en ayant pris vingt minutes d’avance, on se trouvera à des dizaines de mètres de la scène. Un live d’une heure mêlant anciens morceaux, et découvertes en avant-première de son prochain album prévu pour l’automne. Envolée lyrique complète, voyage profond, Erwan nous emmène directement dans son univers, et on ressort du chapiteau apaisé volant dans d’autres mondes. L’atterrissage sur la plaine de la machine à feu se fera devant Die Antwoord. Techniquement irréprochable, le show assure, et transporte les milliers de personnes entassés devant la scène. Mais, on a la désagréable sensation d’assister à quelque chose de trop millimétré, et sans laisser place à un seul pouce de hasard. On pénètre dans le labo au moment d’un changement de scène sous la douce “The time of my life” de Dirty Dancing. Coupé court par une déflagration de kicks mené par DJ AZF. L’étoile montante de la techno parisienne nous assène d’un set d’une violence inouïe, exécuté avec une minutie improbable. On ne sentira aucune transition, et on se demandera même comment le chapiteau peut tenir à autant de sons percussifs. Un final parfait pour nous garder éveillé jusqu’au bout !

Électrisant adieu

À bout de force, on repousse une dernière fois la fatigue pour arriver devant Charlotte de Witte électrisant la grande Elektropedia. Un set très techno comme à son habitude, martelant de mains de maître le terril. On s’absente avant la fin de son set pour rejoindre la Jupiler BoomBox prise d’assaut pour assister au show de Lorenzo, le rappeur français le plus désopilant du moment. Pour l’occasion, il nous a ramené un stand de Kebab, un pilon géant balancé dans la foule et une bonne grosse dose de “Mamène” scandé toutes les dix secondes. Le chapiteau terminera en bouillon portant Lorenzo au milieu d’un pogo, dans une bouée canard en reprenant quatre fois d’affilé son Freestyle du sale.

Devant Charlotte de Witte

On repart sur la Red Bull pour assister à la performance de Solomun, totalement somptueuse. Son style transparait d’émotions sans cesse, avec une réelle profondeur et une maîtrise totale du travail de DJing. On regrettera de ne pouvoir voir ses mimiques et son échange avec le public à cause de la scène. Dixon, prendra la suite des rênes, et même si sa performance restera correcte, on se sentira moins subjugué de manière générale. Vêtu de blanc pour la plupart d’entre eux, Metronomy fait son apparition sur la Last Arena. Puisant dans toute leur discographie, les anglais nous envoient un maximum de bonne vibes et leur pop si classe fait irrémédiablement son effet. Aucune fausse note et le fantastique The Look pour clôturer l’affaire et on repart conquis par la bande de Joseph Mount. Seconde grande affiche de la journée, PNL, et on est content d’être arrivé en avance tant l’affluence sera forte pour le duo français. Scéniquement un effort a été effectué avec la mise en place de deux grandes structures sur lesquelles défileront de la vidéo et des clips durant tout le concert. Ademo et NOS débarquent sous les applaudissements et les cris d’un public très jeune et connaissant les paroles par cœur. Peu démonstratif, les parisiens la jouent force tranquille entre deux joints. De Da à Oh Lala en passant par Bene ou J’suis QLF, aucun titre ne manque à l’appel. On regrettera évidemment l’usage partiel du playback.

Ambiance de nuit à la Red Bull Elektropedia

Fin de festival résolument électro, avec un passage par Kölsch. Surpris de la bonne manière par la prestation du danois qu’on a vu à de trop nombreuses reprises peu qualitatives, il enchaîne ses titres phares dans une ambiance lumineuse particulièrement adéquate. On virevoltera jusqu’à La Petite Maison dans la Prairie,  dans laquelle on assistera à la seconde partie du superbe set de Jon Hopkins avec une techno très mélodieuse et sensible, soutenue par de très beaux visuels en arrière-plan. C’est avec une certaine émotion au cœur qu’on se dirige une dernière fois sur l’Elektropedia afin de souhaiter un adieu à la scène avec Adam Beyer. Du haut de son piédestal et devant une foule hypnotisée, il martèlera une techno très dure et froide donnant les derniers coups cassants au terril avant de le laisser se reposer durant une année. Notre festival se conclura avec le magnifique Kink. Le bulgare nous enchante par une prestation hors pair. Loin des pseudos lives de certains de ses collègues, il ne trompe personne et prend un énorme plaisir à triturer claviers, potards, et autres surfaces de contrôles. Une communication intense avec le public, et c’est avec ses douces notes de tech-house qu’on conclura idéalement notre longue pérégrination.

Un festival en or avec quelques espoirs pour le futur

L’aménagement agréable mais en limite

Après avoir visité le lieu dans l’année, constitué de prairies, orées boisées, parcs, stade et pentes de terrils, on se rend compte de la difficulté de créer une atmosphère unique pour le festival. La première identité visuelle est octroyée par les chapiteaux aux couleurs flashys. La seconde, et ce pour la troisième année de suite, par la scène Red Bull Elektropedia Balzaal ayant le droit à son réaménagement chaque année. Mise cette année en profondeur, l’œil de projecteur au dessus de la scène donne des airs de débarquement extraterrestre la nuit tombée. Trop fermée sur elle même, on aura du mal à apercevoir la tête des artistes. L’idée des plateformes au pied de chaque pylône permet de redessiner le dancefloor sur plusieurs niveaux et apporte vraiment un plus. À nouveau, elle nous aura subjugué. Et finalement, troisième identité du festival, toujours fidèle à son poste, le tranquille bar du petit bois, situé à l’épicentre du festival, offre toujours l’espace chill par excellence, bien que le volume de la musique soit trop élevé par moment.
La scène Cubanisto n’est pas renouvelée, et la fusion des scènes Jupiler Dancehall et Boombox a lieu, le site passant désormais de neuf à sept scènes est amputé d’une immense plaine habituellement située entre le Labo et la Petite Maison dans la Prairie. Cette réduction d’espace, couplée à la vente de plus de billets que l’année précédente est difficile à comprendre, et aura saturé le site par moment. Il devient difficile de se frayer un chemins et chaque déplacement entrepris se compte en dizaines de minutes. Situé idéalement l’année dernière, le Dub Corner est parqué à l’entrée du festival et n’offre plus du tout le bel espace vert si propice à cette scène.
Bien qu’en nette amélioration, le son de la Last Arena n’est toujours pas optimal à chaque concert et souffre parfois d’un volume vraiment insuffisant. A quand le relais d’enceintes derrière la régie ?!

Ambiance de nuit à la Red Bull Elektropedia

Le changement de lieu des parkings, et de l’entrée du festival était nécessaire, et sur le papier n’apportait que des avantages. Mais la gestion du flux de voiture a été catastrophique, quid des 3h pour accéder au festival, et des presque 6h atteintes par certains festivaliers pour en ressortir. Accueillir toujours plus de monde, c’est joli sur le papier, mais il faut s’en donner les moyens. Créer d’autres parkings, séparer les foules, et ne pas rassembler le flux des dizaines de milliers de voitures au même endroit. Inspirez-vous du fonctionnement des autres festivals !

Vers l’uniformisation de la programmation ?

Étant de grands amateurs d’électro et de rap, nous sommes ravis d’avoir une sélection d’artistes gargantuesques durant le festival, mais nous trouvons dommage que le quasi monopole de l’électro et du rap porte préjudice à tous les autres genres censés être représentés dans un festival historiquement si ouvert musicalement. La faible présence du métal et la quasi absence du punk cette année devient incompréhensible. On serait tellement ravi de retrouver un festival plus hétérogène dans sa programmation, permettant de lutter contre l’uniformisation de son public.

Une gastronomie laissant à désirer

Notre dernier chagrin de Dour concerne sa nourriture ! Trop gras, pas assez variés, et trop cher, les mets proposés à Dour sont décevants. Peut-on résumer l’étendue de la gastronomie belge à sa frite ? Pourquoi ne pas proposer les sandwichs chauds avec des légumes et pas seulement des oignons macérés dans l’huile. Pourquoi ne pas ouvrir le festival à un large choix de food trucks ? On a malheureusement peu d’espoirs de changement de ce coté là. Chaque année ce point noir ressort et pourtant, aucun effort n’est réalisé…

Une expérience marquante

Sentiment partagé en quittant Dour, lessivé après cinq jours à plein temps, entre l’épuisement accumulé, et la sensation rayonnante de bonheur que ce festival laisse. Quelques jours de repos plus tard, Dour nous manque déjà, tel une drogue. On comblera ce manque en participant aux autres festivals proposés dans les jours, semaines et mois à venir. Une addiction de plus aux dizaines dont nous avons déjà au quotidien, et comme toujours dans ce cas de figure, il faut apprendre à les maîtriser, à se raisonner, et profiter au mieux de ces moments à l’instant présent. Essayer de maximiser les moments de bonheur. Être humain, c’est se modérer, et contrôler les excès tout en vivant avec les possibilités d’y plonger, et de n’y succomber que par intermittence.

Texte et photos par Camille, Gauvain et Vincent

 

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