REVIEW – Au Revoir là-haut d’Albert Dupontel

REVIEW – Au Revoir là-haut d’Albert Dupontel

4 novembre 2017 0 Par Vincent

Albert Dupontel est devenu l’une des figures incontournable du paysage cinématographique français. Suscitant une irrémédiable sympathie et cultivant une image de poil à gratter du cinéma français, il incarne avec brio depuis plus de vingt ans des personnages farfelus, faisant souvent preuve d’un humour grinçant, on se souvient tous de Bernie. Attachant et toujours imprévisible, le réalisateur français propose avec Au Revoir là-haut son film le plus ambitieux et sans doute le mieux maîtrisé.

Tiré du Best-seller de Pierre Lemaitre, prix Goncourt en 2013, Dupontel trouve là le moyen idéal de mélanger sa poésie décalé à un grand spectacle populaire. On se retrouve projeté à la fin de la première guerre mondiale, Albert Maillard y a fait la connaissance d’un jeune soldat, Edouard Pericourt. Blessé sévèrement au visage, celui-ci préfère se déclarer mort aux yeux de l’administration afin de ne pas endurer le regard de son père. Les deux rescapés vont alors cohabiter et mettre au point une combine moralement douteuse pour gagner leur vie. 

Il y a de cela quelques semaines, un document appelé Cinéma…par Albert Dupontel, me révélait un réalisateur aux gouts certains et à la culture cinématographique impressionnante. Savoir s’inspirer des plus grands en imposant son style n’est pas chose aisé, Dupontel y parvient ici dès les premières minutes du film. Il tire le meilleur d’un budget moyen pour une production de ce genre par un usage maitrisé de la grammaire cinématographique, un sens de la composition précis et des mouvements de caméra surprenants. Les passages dans les tranchées m’ont rappelé par certains aspects Les Sentiers de la gloire, on a connu pire comme référence. Ailleurs c’est vers son ami Terry Gilliam que l’on se tourne dans le choix de certains cadres, vers le cinéma muet au travers du personnage d’Edouard Pericourt ou encore vers Jean Pierre Jeunet dans la mise en place d’une magnifique colorimétrie tirant vers un jaune vieillissant.

Sans oublié la dure réalité d’alors, Dupontel ramène de la magie dans ce monde meurtri. Impossible de passer à côté du travail incroyable faite sur les masques couvrants le visage d’Edouard Pericourt durant tout le film. Nahuel Perez Biscayart , la révélation de 120 Battements par minutes, livre une interprétation étonnante, parvenant à communiquer les joies et colère de son personnage uniquement au travers du regard, c’est tout simplement bluffant.  Le reste du casting est également de premier ordre avec un Laurent Lafitte à contre-emploi et le toujours parfait Niels Arestrup. On émettra peut être une réserve sur les rôles féminins plus effacés.

Malgré un final des plus convenus, Au revoir là-haut s’inscrit comme l’une des plus belles surprises de cette fin d’année. Un mélange des genres audacieux soulignés par une réalisation stylée, manquant trop souvent dans un cinéma français devenu pépère. Nul doute que ce film saura trouver bonne place dans la liste des meilleurs films de cette année 2017.