REVIEW – Detroit de Kathryn Bigelow

REVIEW – Detroit de Kathryn Bigelow

17 octobre 2017 0 Par Vincent

Les tensions raciales aux Etats Unis cesseront-elle un jour ? Alors que les faux pas de Donald Trump continuent d’alimenter un brasier jamais vraiment éteint, le nouveau film de Kathryn Bigelow arrive à point nommé. Cinq ans après le percutant Zero Dark Thirty, la réalisatrice revient sur un obscur fait divers dans le Detroit enflammé de l’été 1967. 

En pleine période de contestation, la ville de Detroit connait l’une de ces périodes les plus troubles. Dans un climat bouillant, la police est en situation d’alerte et doit gérer des émeutes dans les ghettos noirs de la ville. Après avoir entendu des coups de feu au motel Algiers, une brigade débarque avec parmi elle un jeune officier raciste particulièrement violent.

Loin de toute complaisance, Kathryn Bigelow livre là un formidable film brut d’un réalisme inouï. Grace à son indéniable savoir-faire, elle parvient à nous faire ressentir la situation au plus près, installant progressivement les personnages et faisant monter la tension en évitant d’user d’artifices lourdauds. Filmé caméra à l’épaule durant la grande majorité du temps, Detroit est un film coup de poing parfois presque insoutenable. En spectateur on assiste impuissant à ce déferlement de violence et ces comportements abominables. Les mots sont durs, il y a d’ailleurs bien longtemps que l’on n’avait ressenti autant ce terrible sentiment d’injustice au cinéma.

Si la réalisation énergique est pour beaucoup dans la réussite du projet, on ne manquera pas de souligner le travail des comédiens, tous très convaincants. John Boyega, aperçu dans le dernier Star Wars, apporte une force tranquille façon Denzel Washington. Will Poulter en flic raciste est un brillant choix de casting, l’envie de traverser l’écran pour lui en coller une se fait ressentir, croyez moi.

Qu’on ne s’y trompe pas, le film ne se limite pas à un simple postulat binaire du méchant policier blanc contre le pauvre noir du ghetto. Déjouant les clichés, Kathryn Bigelow n’as de volonté que de coller à la réalité au plus près en évitant les bons sentiments et les personnages caricaturaux. Au détour de toute cette violence, le film nous immerge habilement dans la musique de l’époque, avec notamment le label Motown, l’une des rares bouées de sauvetage.

Detroit est un film puissant et essentiel, une leçon d’histoire moderne qui ne peux laisser indifférent et dont on ressort secoué. On ne s’étonnerait pas d’ailleurs de le voir figurer en bonne place au palmarès des oscars en février prochain.