REVIEW – La Fête est finie de Orelsan

Dans le rap, plus encore qu’ailleurs, les carrières ne font généralement pas long feu. Rares sont ceux gardant leur crédibilité et leur créativité le temps passant. Quand on regarde un peu dans le rétroviseur, on prend compte du temps qui passe, vite, très vite. Rendez-vous compte, le dernier album du caennais date déjà de 2011 ! Il faut dire aussi que le rappeur normand n’a jamais vraiment quitté le devant de la scène. Il y eut bien entendu le très efficace projet des Casseurs Flowters avec son compère Gringe  et en parallèle une diversification couronnée de succès avec la série Bloqué ou encore le film Comment c’est loin

Alors oui le temps passe, Aurelien Cotentin n’est plus celui qu’il était en 2009 à l’époque de la sortie de Perdu d’avance. Le sale gosse s’est un peu calmé, il a désormais trente-cinq ans et en est parfaitement conscient, évitant de s’inventer une vie imaginaire, la fête est finie. Si l’album est traversé de nostalgie, Orelsan se pose également en observateur du monde actuel, désabusé, parfois douce amère, tout va bien.  Malgré le succès, les doutes sont toujours là en témoigne l’ouverture San, un morceau où le rappeur se livre avec beaucoup de lucidité.

Avec une fraicheur intacte, Orelsan trouve toujours cette capacité à choisir constamment les mots justes, les formules chocs. Sur le percutant Fete de famille, il fait montre d’un sens de l’observation toujours aussi aiguisé et dresse un portrait de famille désopilant, de là à en faire un clip, il n’y a qu’un pas. Dans ma ville, on traine est une plongée pleine de souvenirs dans la ville de Caen où la nostalgie se mêle à un réalisme saisissant.

Bonne meuf est un morceau faussement léger traitant notamment de la célébrité, l’un des thèmes fondateurs de ce nouvel opus, exploré encore d’avantage sur le moins convaincant Quand est-ce que ça s’arrête. Paradis s’avère être une superbe déclaration d’amour, un morceau touchant preuve de l’évidente maturité acquise, tranchant radicalement avec la vision hyper machiste du rap d’aujourd’hui.

Orelsan n’a pas invité son ami de toujours Gringe mais s’est entouré d’un casting pour le moins hétéroclite. On avait forcément un peu peur mais Maitre Gims se révèle très convaincant sur l’entrainant et bouncy Christophe. On en dira pas autant de Nekfeu et Dizzee Rascal empêtré dans le sombre et quelconque Zone, forcément la plus grosse déception de ce disque. Ailleurs on reconnait immédiatement la patte de Stromae, La pluie. Le belge envoie une bonne dose de sonorités acidulées et une pincée de saxophone, on aurait juste souhaité qu’il prenne un couplet au passage.

Productions diversifiées majoritairement signées par Skread, textes soignées, Orelsan n’as rien perdu de son talent et n’a pas oublié non plus qui il était. Sur le splendide et intimiste Notes pour trop tard, il se pose en grand frère et dresse avec beaucoup de justesse le portrait d’une partie de la jeunesse un peu perdue, en l’encouragent à aller toujours de l’avant. Appuyé par une production douce et les voix envoûtantes des deux sœurs d’Ibeyi,  voilà l’un des plus beaux morceaux de rap français entendus ces dernières années, une conclusion magistrale.

 

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