REVIEW – MOONLIGHT de Barry Jenkins

Avec Every Nigger is a star en guise d’ouverture, que l’on a pu notamment entendre en introduction de TPAB de Kendrick Lamar, le cinéaste américain Barry Jenkins plante habilement le décor. On est à Miami dans un quartier difficile gangrené par la drogue. Dans cet univers, on fait la rencontre de Chiron, un garçon timide et la proie des autres gamins du quartier. On suit sa métamorphose, enfant, adolescent puis adulte, sa difficile construction marqué par la découverte de son homosexualité. 494493

De cette histoire finalement très banale, Barry Jenkins en tire un film puissant marqué par une réalisation soigné et un propos intelligent. Loin d’être un vulgaire pamphlet, le cinéaste et également scénariste du film dépeint un univers cru d’un réalisme sidérant. Ici, il ne dramatise rien et n’enjolive rien non plus, il balaie d’un revers de main tous les clichés et les stéréotypes. La réalité est là, implacable mais non dénué de poésie.

Il faut un peu de temps pour pénétrer dans le film et se laisser guider par un rythme lent qui déplaira aux plus impatients. Le film est baigné dans une musique dissonante de toute beauté signé Nicholas Britell, rappelant par moment le travail de Jonny Greenwood pour There will be blood. Il est traversé ici et là de scènes fulgurantes et saisissantes. C’est là aussi toute la force de ce film, on ne sait jamais où l’on va mettre les pieds, imprévisible comme la vie peut l’être en général.

Il y a chez Barry Jenkins un talent certain pour la réalisation. La caméra est constamment bien placée. Cette recherche, cette créativité dans la réalisation permet d’éviter un académisme qui aurait tué le film. De plus, il maitrise à merveille l’utilisation du hors champ et des non-dits en s’appuyant cette fois ci sur l’intelligence du spectateur. Le seul reproche que l’on peut adresser reste la tendance à parfois trop allonger certaines scènes ce qui a pour effet de nous déconnecter par instant du film.

Nommé aux Oscars pour le meilleur second rôle, Mahershala Ali, Chiron adulte,  mériterait amplement la récompense. Derrière son immense carrure, il fait ressortir la fragilité de son personnage de façon incroyable, notamment dans le regard. A ce propos la direction d’acteur est juste phénoménale, tous les comédiens sont excellents et jouent avec une justesse bluffante.

Nommé huit fois aux oscars, Moonlight ne volerait pas ses récompenses en cas de succès. Le cinéma américain peut désormais compter sur un nouveau réalisateur prodige qui on l’espère saura transformer cet essai réussi.

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